Comment le conflit en Afghanistan va-t-être impacté par la mort de Ben Laden?

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Publié le 3 mai 2011.

STRATÉGIE - Les talibans ne devraient pas renoncer à leur guérilla contre le pouvoir afghan...

La mort d'Oussama Ben Laden, qui fut entre 1996 et 2001 l'«hôte» du régime afghan des talibans, ne devrait n'avoir que des effets limités sur le conflit en Afghanistan, indiquent les experts, partagés sur les liens entre les insurgés afghans et Al-Qaida. La nature des liens entre le réseau extrémiste et les insurgés reste difficile à établir, les talibans ayant toujours été réticents à s'exprimer sur le sujet.

Et depuis la mort de Ben Laden, lundi, les talibans sont silencieux. Une collaboration au moins ponctuelle semble exister, mais varie énormément en fonction des factions qui composent l'insurrection afghane, des régions et des circonstances sur le terrain. Plusieurs analystes soulignent que les talibans poursuivent un objectif propre - la reconquête du pouvoir à Kaboul et le départ des troupes étrangères - différent du djihad international prôné par Al-Qaida.

«La mort d'Oussama ne changera rien»

«Je pense que la mort d'Oussama ne changera rien» au conflit afghan, estime Waheed Mujda, analyste politique et ancien responsable du ministère des Affaires étrangères du régime taliban, qui estime qu'Al-Qaïda et les insurgés talibans ne sont plus interdépendants. «Les talibans sont un mouvement national», souligne Gilles Dorronsoro chercheur à la Fondation Carnegie et «l'effet psychologique (de la mort de Ben Laden) devrait être passager», poursuit-il.

Omar Sharifi, directeur du Centre américain d'Etudes afghanes à Kaboul, estime au contraire qu' «il y a de nombreuses preuves qu'Al-Qaida est active en Afghanistan et travaille en collaboration avec les talibans». «De nombreux combattants tchétchènes, arabes et pakistanais liés à Al-Qaida ont été arrêtés en Afghanistan particulièrement dans le nord et l'est du pays», explique-t-il.

Mais «au-delà de l'effet symbolique» de la mort du chef d'Al-Qaida, «l'élément le plus important est que les capacités militaires d'Al-Qaïda et de ses réseaux affiliés dans la région restent intactes», explique-t-il. La mort d'Oussama Ben Laden pourrait néanmoins donner à Barack Obama l'occasion de lancer des négociations avec les insurgés talibans, estime Gilles Dorronsoro.

«La mort d'Oussama n'y changera rien»

Lundi, Hillary Clinton a une nouvelle fois appelé les talibans à «abandonner Al-Qaida», une des conditions exigées par Washington pour des négociations politiques entre Kaboul et les talibans. Pour sa part, le président afghan Hamid Karzaï a appelé les insurgés à «tirer les leçons» de la mort de Ben Laden et à «déposer les armes». «La mort d'Oussama peut être une alerte pour tous, pour (Djalaloudine) Haqqani, (le mollah) Omar et (Gulbuddin) Hekmatyar», les chefs des principales factions de l'insurrection afghane, estime Mohammad Younus Fakur, un analyste politique afghan. «Cela pourrait amener les talibans au processus de paix».

Rien n'est moins sûr, selon Waheed Mujda. «Les talibans ont répété (...) qu'ils n'accepteraient pas la Constitution afghane et qu'ils combattraient jusqu'au départ du dernier soldat étranger d'Afghanistan, donc tous ces efforts de paix me semblent unilatéraux et la mort d'Oussama n'y changera rien», a-t-il estimé.

Au-delà de sa mort, la localisation d'Oussama Ben Laden dans une ville-garnison proche d'Islamabad risque d'embarrasser le Pakistan, dont les liens ambigus d'une partie de l'appareil d'Etat avec Al-Qaïda apparaissent au grand jour.

Cette question «est potentiellement explosive», pour les relations entre les voisins afghans et pakistanais, explique Gilles Dorronsoro, qui estime néanmoins que cela ne devrait pas changer le soutien du Pakistan aux talibans.

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