Mort de Ben Laden: «Al-Qaida n'a pas besoin d'un chef, c'est une vitrine médiatique»

Publié le 2 mai 2011.

INTERVIEW - Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes, explique à «20 Minutes» que la mort de l’ex-n°1 du réseau terroriste ne signe pas la fin du mouvement...

Que peut-on dire de l’opération menée à Islamabad pour tuer Ben Laden?
Ce qui apparaît étonnant, c’est qu’Oussama ben Laden était dans une zone pakistanaise qui n’était pas tribale. Impossible sans l’appui de personnes haut placées au sein du mouvement djihadiste pakistanais et des services de sécurité pakistanais qui possèdent la logistique qui permet d’assurer la protection de ce type de personne. Mais cette opération n’a pu être menée sans la participation des services pakistanais. On les savait divisés et il y a eu un double jeu de leur part. Il faut maintenant voir ce qui a été mis dans la balance pour obtenir cette aide. Les Etats-Unis ont-ils proposé un renforcement stratégique ou des partenariats économiques? L’avenir le dira.

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Oussama ben Laden pouvait-il seulement être arrêté?
Une capture aurait été très difficile. La façon dont l’opération a été menée montre qu’il y a eu défense de l’entourage de Ben Laden. Son objectif, c’était de mourir en martyr, pas de rester prisonnier. Car mourir en martyr est important pour Oussama ben Laden pour son influence post-mortem. C’est un élément essentiel du djihadisme.  C’est le sort qu’il se souhaitait, il l’a dit et répété.

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Est-ce un coup dur et définitif porté à Al-Qaida?
Je ne crois pas. Ben Laden était au Pakistan, il ne devait pas recevoir beaucoup de visites. Il ne jouait pas un rôle opérationnel très important. Ben Laden, c’était un symbole, une icône, qui donnait quelques orientations dans des vidéos. Il y a bien longtemps que cette mouvance a passé un cap et n’est plus sous la responsabilité de Ben Laden. Les franchises d’Al-Qaida, comme Aqpa (Al-Qaida dans la péninsule arabique) ou Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) sont indépendantes et s’autofinancent depuis longtemps. Le mouvement des talibans pakistanais, allié d’Al-Qaida, se porte bien. Ce sont les événements dans la région, au Yémen notamment, qui lui permettent de prospérer. Plusieurs personnages symboliques du réseau ont été tués ces dix dernières années, ça n’a pas empêché le mouvement, même affaibli, de se développer sur le plan des idées et de s’étendre au niveau géographique.

Qui peut lui succéder?
Il faut attendre qu’Al-Qaida décide. Une nouvelle figure va être mise en avant. Peut-être son numéro 2, l’Egyptien Ayman al-Zawahiri. Il a une vision plus radicale encore que Ben Laden sur certains points. En Irak, par exemple, il a misé sur la guerre civile en cautionnant les opérations visant les civils et non pas seulement les objectifs militaires. Mais il n’est pas exclu que d’autres figures émergent, un Saoudien, un Yéménite, un Libyen ou un Pakistanais comme Elias Cashmiri. Mais encore une fois, Al-Qaida n’a pas forcément besoin d’un chef, c’est plus une vitrine médiatique.

Peut-on craindre des représailles la part du mouvement terroriste?
Clairement, c’est une évidence. Le Pakistan sera visé pour sa collaboration. Les intérêts américains dans le monde le seront aussi. Des bataillons, des phalanges Oussama ben Laden, lui faisant allégeance, vont apparaître un peu partout. La nouvelle vie post-mortem d’Oussama ben Laden comme un martyr va être mise en place.

Quelles conséquences pour les otages français au Niger?
C’est très difficile à dire pour le moment. A priori, la mort de Ben Laden n’est pas forcément une bonne nouvelle pour eux. Mais il faut attendre la réaction officielle d’Aqmi pour en dire plus.

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Propos recueillis par Maud Pierron
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