Les forces afghanes sont loin d'être prêtes

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Publié le 4 mars 2010.

REPORTAGE - Le transfert du contrôle de sécurité aux forces afghanes est la condition clé pour permettre un retrait progressif des troupes étrangères d’Afghanistan. Mais cela prendra des années. Reportage à Ghazni.

De notre envoyée spéciale en Afghanistan

Les militaires polonais s'entassent dans le blindé à la nuit tombée. Engoncés dans leur gilet pare-balles, fusil coincé entre les jambes, ils regardent pensivement les deux écrans infrarouge retransmettant la vue à l’extérieur du véhicule, tandis qu’une musique douce résonne en fond sonore. A Ghazni, à l'est du pays, ces hommes sont chargés d'entraîner la police afghane et d'assurer sa sécurité lors des patrouilles nocturnes. «Elle devrait le faire elle-même mais n'en est pas encore capable», explique un militaire. A la sortie du camp, une vingtaine de coups de feu sont tirés en l'air. «On vérifie que les armes fonctionnent». Le convoi repart, bientôt rejoint par des policiers afghans, chargés de fouiller les véhicules et la population.

La patrouille est emblématique de la nouvelle stratégie américaine dans le pays, qui vise à transférer le contrôle de sécurité aux forces afghanes. Ici, elles sont en première ligne, avec la Force internationale d'assistance et de sécurité (Isaf, sous commandement de l'Otan) en soutien. Ce transfert est la condition clé pour permettre le retrait de la coalition. 

En décembre, Barack Obama a fixé à juillet 2011 le début du retrait des troupes américaines. Mais dans les faits, aucun calendrier n'est fixé. «Le seul critère, c'est si les Afghans sont prêts à prendre le relais», rappelle Robert Ayasse, de la section Opérations à l'Otan. Pour accélérer le processus, les effectifs de la police afghane devraient passer de 95.000 à 134.000 hommes d'ici à octobre dans tout l’Afghanistan, et ceux de l'armée de 96.000 à 171.000.

 

85% des policiers et des soldats sont illettrés

A Ghazni même, les autorités estiment de 700 à 900 le nombre d'insurgés, et de 300 à 400 les membres d'al Qaida. Or, selon Hadji Allahyar, le sous-gouverneur de Ghazni, «la police n'a pas les moyens ni l'équipement nécessaire pour combattre l'insurrection. Il faut que la coalition nous aide pour assurer la sécurité et pour bâtir nos forces armées. Cela prendra du temps». Beaucoup de temps. Selon le général Cadwell, commandant au sein de l'Otan de la mission de formation en Afghanistan, «l'augmentation des effectifs de la police et de l'armée ne suffit pas. Il faut aussi qu'elles soient efficaces et, pour cela, il faut développer un leadership. Cela prendra des années».

Tout est à construire. En Afghanistan, 85% des policiers et des soldats sont illettrés, donc incapables de contrôler une carte d'identité ou d'enregistrer une plainte. Caldwell compte rajouter une première semaine de formation aux huit semaines de cursus pour «leur apprendre à écrire leur nom et à compter».

Autre obstacle majeur: la corruption, qui suscite la méfiance voire le rejet de la population. Pour tenter d'y remédier, les salaires ont été doublés en décembre, passant de 100 à 200 dollars par mois. A cela s'ajoute le manque de discipline (avec un taux d’abandon de 67% des élèves policiers), d'équipements et d'expérience. Près de la moitié des pertes humaines au sein des forces afghanes sont dues à des accidents. «C'est un vrai défi, car ils ne sont pas habitués à conduire, et soudain on leur donne des blindés», explique Caldwell qui réclame à la coalition 600 formateurs supplémentaires.

 

Les formateurs de la coalition sont méfiants

 Ces difficultés, les soldats polonais de Ghazni y sont confrontés tous les jours. Mais, ce qu'ils redoutent avant tout, c'est que les forces puissent se retourner contre eux. « On entend ce qui se passe dans le pays, murmure l'un d'eux. C'est arrivé l'an dernier. Des policiers formés par l'Isaf ont tué plusieurs soldats de la coalition

Dehors, les policiers fouillent une voiture et leurs passagers, alignés dos à la route. «Dieu merci», pas de trace d'armes, de drogue ou de matériel électrique suspect pour ce soir. Ils leur serrent la main et remontent en voiture. «Je ne leur fais pas confiance, lâche le soldat polonais en regardant l'écran infrarouge. Je suis engagé volontaire pour aider ce pays. Ils ont besoin de nous. Mais vous savez, on est des étrangers, ici...»

Envoyée spéciale à Ghazni et Kaboul, Faustine Vincent
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