Karim Pakzad: «On est dans une impasse politique en Afghanistan»

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Publié le 3 novembre 2009.

INTERVIEW - Ce chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques revient sur l'échec du second tour et analyse l'après élection...

Deux mois et demi après le premier tour de la présidentielle afghane, Hamid Karzaï a finalement été déclaré vainqueur, après le forfait d'Abdullah Abdullah. Quel regard portez-vous sur cette élection?
 
C'est un fiasco total. Hamid Karzaï n'en est pas le seul responsable. Les puissances étrangères qui ont voulu plaquer le modèle de la démocratie dans un pays en guerre depuis trente ans le sont tout autant. Le président sortant a gouverné l'Afghanistan comme une société féodale, en faisant des compromis et des compromissions avec les chefs de guerre pachtounes. Il était évident qu'il y aurait des fraudes.
 
Ce scénario était inévitable?
 
Prévisible en tout cas. Il existe une société civile forte en Afghanistan, une élite. Il aurait fallu faire pression en amont sur Hamid Karzaï pour qu'il respecte les règles. La communauté internationale avait aussi un rôle à jouer. Tout le monde a échoué, l'Union européenne, l'ONU, les Etats-Unis... Il a fallu attendre que les observateurs afghans signalent des fraudes massives pour que l'ONU puis la commission électorale finissent par le reconnaître également.
 
Pourquoi, selon vous?
 
Parce que le bon déroulement de ces élections devait justifier la guerre auprès de l'opinion publique. Une fois les fraudes dénoncées, on a fait pression sur la commission électorale pour invalider un million de voix et rendre nécessaire un second tour. L'objectif, pour Hamid Karzaï comme pour les occidentaux, était de donner une légitimité démocratique à cette élection. Mais il était clair que l'issue de ce second tour ne serait pas mieux, avec une participation entre 5 et 10%. Une fois qu'Abdullah Abdullah a annoncé son retrait, il fallait bien renoncer.
 
Les deux rivaux de la présidentielle vont-ils malgré tout pouvoir travailler ensemble?
 
Abdullah Abdullah a tenté de négocier de faire partie d'une coalition pendant l'entre-deux tours. Mais Hamid Karzaï a refusé, préférant un gouvernement de «participation nationale», sans véritable projet politique. Mais d'après les négociations en cours, Abdullah Abdullah devrait accepter des postes ministériels. Selon son entourage, il n'a aucun intérêt à rester en dehors du pouvoir.
 
Peut-on espérer un changement issu de cette collaboration?
 
Non. La lutte contre le trafic de drogue et la corruption impliquerait qu'Hamid Karzaï remettent en cause les intérêts de ses proches. On est dans une impasse politique. Abdullah Abdullah, qui a une véritable culture politique, aurait pu mettre en place une équipe gouvernementale forte, à même de négocier avec les talibans. Là, ils sont face à une équipe incompétente et une coalition internationale qui ne parvient pas à les battre militairement.
 
Une accalmie sur le front des attentats n'est donc pas pour tout de suite...
 
Effectivement. La stratégie américaine est de renforcer les troupes et de concentrer les efforts sur les zones peuplées et les villes, en laissant les montagnes aux talibans. Mais la stratégie de Barack Obama, qui comptait notamment sur cette élection pour sortir du conflit, est mise à mal. On est loin de voir le bout du tunnel en Afghanistan.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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