ANALYSE - La présidence Afghane annonce la signature d'un accord avec les rebelles dans la région de Badghis. Une avancée «à nuancer» selon Karim Pakzad, chercheur associé à l'Iris, spécialiste de l'Afghanistan...
C'est une première historique toute relative. La présidence afghane se félicite de la signature d'un accord avec les talibans (ces derniers démentent formellement), mais la menace de violences plane toujours. À un mois de l'élection présidentielle, Hamid Kazaï, président sortant, tente de faire du zèle pour camoufler un bilan désastreux. Sa stratégie est simple: tout miser sur la sécurité à défaut d'un programme politique et économique pour son pays.
«Cette région n'est pas vraiment en guerre»
L'accord aurait été signé avec les talibans de la région de Badghis, à la frontière avec le Turkménistan. Mais voilà, les talibans du nord ne sont pas une menace directe pour la paix civile. «Cette région n'est pas vraiment en guerre. Ce cessez-le-feu doit donc être relativisé, explique Karim Pakzad, chercheur associé à l'Iris. Par contre, il a un impact tout autre, il officialise la présence des talibans dans cette zone du pays et montre qu'ils sont désormais partout».
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Les talibans du nord du pays sont peu actifs en comparaison avec leurs «frères» basés près de la frontière avec le Pakistan. Mais dans la course à la présidence, c'est le message qui importe. Celui d'Hamid Karzaï est très clair. Jusque-là critiqué par la communauté internationale pour son bilan très mitigé, il s'aligne désormais sur
la stratégie de dialogue avec les talibans modérés, défendue par Barack Obama.
L'enjeu sécuritaire à défaut d'un programme solide
Face à la dégradation de la situation (les attaques se multiplient depuis début juillet), les alliés internationaux du président afghan ont multiplié les appels aux discussions avec la frange la moins radicale de la rébellion. Le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, dont les troupes essuient de lourdes pertes dans le Sud afghan, a estimé lundi que cette «réconciliation» devait être la grande priorité des six prochains mois. Hamid Karzaï est dans le ton.
L'accord, signé après vingt jours de négociations, aurait permis le départ des talibans d'une partie du district, et sa reprise en main par les autorités. Elles vont ainsi pouvoir préparer normalement les élections présidentielles et provinciales du 20 août. Karzaï, dont la légitimité s'est érodée auprès de l’électorat, espère ainsi récolter quelques voix supplémentaires. «Toute sa campagne est basée sur ces négociations avec les talibans. Il n'a pas d'autre programme», explique Karim Pakzad.
Un scrutin sous tension
Pour le chercheur, «jamais l'issue de l'élection n'a été aussi incertaine». Si la question de la sécurité demeure au coeur des préoccupations des Afghans, les régions qui ne sont pas en guerre se préoccupent davantage de la reconstruction. «
Dans la région de Barmian, les habitants ont manifesté, il y a quelques semaines, pour que des aménagements soient faits. Il n’y a là-bas que deux kilomètres de route goudronnée», explique Karim Pakzad. Mais, en plus d'une reconstruction mal gérée et mal financée, le pays est en proie à la violence.
Une nouvelle vague d’attaques est à craindre durant le scrutin. Les alliés estiment d'ailleurs qu'il faut
poursuivre les offensives militaires lancées en vue des élections, à commencer par les opérations américaines et britanniques dans le bastion taliban de l'Helmand (sud). Les violences dans le pays ont atteint des niveaux inédits depuis 2001. La mission de l'ONU en Afghanistan a déjà averti lundi qu'il «y aurait des zones où il serait sans doute très difficile» d'organiser des élections. Mais l'enjeu est de taille: ouvrir la voie à une stabilisation et à la reconstruction, avant que les rebelles ne reprennent le contrôle du pays.
Maud Descamps