EMBUSCADE - La semaine dernière, l'hebdo satirique avait remis en cause les erreurs de l'état-major et annoncé la capture puis l’exécution de quatre des soldats français. Il persiste et signe dans son édition de mercredi...
Le document produit dans la dernière édition «Le Canard Enchaîné» est-il suspect? La semaine dernière
, 20minutes.fr avait largement relayé les révélations de l’hebdo, démenties par le ministère de la Défense. Reste que le journaliste Claude Angeli posait les questions pertinentes sur le retard des renforts et le manque de renseignements avant l’opération.
Rapport «au vitriol»
L’hebdo satirique réitère ses accusations dans son édition datée de mercredi. Il produit deux documents, dont l’un qu’il nomme «un rapport au vitriol» émanant des renseignements français, plus précisément de la «Frenic» (French national intelligence cell), une cellule d’officiers qui aurait remis un rapport à l’état-major sur l'embuscade qui a coûté la vie aux dix soldats français. Et ce dès le 20 août, le lendemain des ultimes accrochages dans la vallée d’Uzbeen. Ce rapport est particulièrement sévère envers l’armée française. Il présente une chronologie des combats, ainsi que des interrogations générales et implacables (voir encadré).
Fautes d’orthographe
On peut d’abord s’étonner à la lecture du document, du changement de typographie entre les différents chapitres, et de polices qui ne correspondent pas au format de l’armée française. «Ce document n’est pas dans un style militaire», explique un officier du ministère de la Défense à 20minutes.fr. Les fautes d’orthographe posent aussi question («cours» au lieu de «court», «soutient» au lieu de «soutien»).
L’état-major a réagi vivement à ce document accablant pour lui. «La Frenic a pour mission l'analyse de la menace, c'est-à-dire le suivi des activités des insurgés talibans, confie une source militaire à 20minutes.fr. Elle n'est pas responsable des retours d'expérience, et du suivi de l’armée française. Si on avait donné la chronologie des insurgés, la stratégie et le mouvement des taliban, leur activité possible par la suite, ok, le Frenic aurait été dans son rôle. Il étudie les Rouges (l’ennemi en langage militaire, ndlr) pas les Bleus (les Français)…» L’état-major est clair : «la Frenic n'a pas écrit ce document». Une possibilité existe, celle d’un officier en colère transmettant le document de son propre chef.
Un document confidentiel disponible sur... le web
Plus intéressant, l’état-major a donné plusieurs pistes laissant penser à un bidonnage.
Toute la première partie du document est extraite d’un article de Jean Guisnel, sur le point.fr. Un copier/coller que nous a confirmé le journaliste spécialisé dans les affaires militaires : «C’est la chronologie telle que je l’ai rédigée. Je l’ai mise en ligne le 21 août à 17 heures. J’ai même fait de petites erreurs dedans, avec une mauvaise addition dans le tonnage des munitions. Or cette faute est dans la fiche donnée par le Canard Enchaîné.»
On peut retrouver aussi ce passage sur le site la
Fédération nationale des combattants volontaires (FNCV)
postée sur le blog à la date du 27 août par un certain «Denis» qui se présente comme un para ayant servi avec Bigeard. Des phrases entières du document du Canard sont sur le site Internet, y compris les fautes d'orthographe. Quant aux interrogations supposées de la Frenic, on les retrouve
dans la partie commentaires du papier de Guisnel, sous la signature de «BZH».
L'armée française contre le «Canard Enchaîné»
L'hebdo a-t-il présenté un faux fac-similé dans ces pages ? Claude Angeli estime que l'état-major cherche à «attaquer la crédibilité du Canard enchaîné», affirmant qu'il «n'aurait pas publié» ce document s'il avait un doute sur la source : «On maintient tout. On ne savait pas que c’était sur le site du Point. Mais cette chronologie est réelle, les interrogations sont celles d’un officier en Afghanistan. Depuis quinze jours, on est dans un dialogue agressif avec l’armée française. Qu’ils viennent nous dire que nous avons inventé tout ça ! Ils n’ont pas cessé d’arranger la réalité depuis l’embuscade.»
Pour un haut responsable militaire, proche de l’état-major, «Claude Angeli a voulu prouver à tout prix qu’il avait eu raison la semaine dernière. On s’attendait à un écran de fumée, c’est ce qui s’est passé. Ou monsieur Angeli n’a peut-être qu’une source de seconde main, et de mauvaises infos. Il a déjà annoncé
l’envoi de chars Leclerc en Afghanistan, ce qui était complètement faux.»
Mathieu Grégoire
Les interrogations du document
«Est-il normal que des professionnels s'engageant dans une opération de reconnaissance en profondeur de plusieurs jours soient à cours (sic) de munitions dès le premier accrochage?», peut-on lire. «Comment peut-on laisser se monter de telles opérations sur ce terrain sans un minimum d’observation et de surveillance en avant des unités de progression?» Les auteurs du document demandent pourquoi le «timing des engagements de riposte» a été «aussi mal géré avec si peu de matériel mis à disposition».