Berlin, "pauvre mais sexy" selon le slogan de son maire, voit son image ternie par les retards de grands projets, en tête l'aéroport Willy-Brandt dont l'ouverture a été reportée vendredi, pour la quatrième fois en deux ans.
Berlin, "pauvre mais sexy" selon le slogan de son maire, voit son image ternie par les retards de grands projets, en tête l'aéroport Willy-Brandt dont l'ouverture a été reportée vendredi, pour la quatrième fois en deux ans. - Odd Andersen afp.com

© 2012 AFP

Berlin, "pauvre mais sexy" selon le slogan de son maire, voit son image ternie par les retards de grands projets, en tête l'aéroport Willy-Brandt dont l'ouverture a été reportée vendredi, pour la quatrième fois en deux ans.

Alors que son inauguration en grande pompe avait déjà été annulée moins d'un mois avant la cérémonie, au printemps, la direction du grand aéroport international de Berlin a annoncé qu'il n'ouvrirait finalement que le 27 octobre 2013.

Et ce qui était le "Flughafen (l'aéroport) Willy Brandt" est devenu pour la presse allemande le "Wowi Fluchhafen", le "port de la malédiction pour Wowi", alias Klaus Wowereit, à la fois maire social-démocrate de la capitale et chef du gouvernement régional puisque Berlin est aussi un Etat.

En tant que président du conseil d'administration de la société en charge de l'aéroport, celui qui avait un moment été présenté comme un candidat potentiel à la chancellerie traverse une zone de turbulences où se mêlent railleries, colère et critiques.

"C'est vraiment embarrassant pour la ville dans son ensemble", déclare à l'AFP Ramona Pop, présidente du groupe des Verts, le plus important parti d'opposition au parlement de Berlin. "Klaus Wowereit, en tant que maire et président du CA en assume l'entière responsabilité. L'aéroport était son grand projet leader et maintenant, c'est un désastre".

"J'ai bien peur que cela cause à Berlin, sur le long terme, un sévère préjudice. Sans cesse, ce sont des gros titres qui donnent une image négative de Berlin, que ce soit dans la presse allemande ou dans les médias internationaux", déplore-t-elle.

"Le crépuscule du roi de la fête", titrait cet été le magazine Focus, jetant de son siège bavarois un regard ironique sur un maire qui, à l'image de sa ville, est réputé aimé sortir.

L'hebdomadaire décrivait une ville qui "a sans doute son charme", qui est "même sexy pour certains" mais où ses "responsables et politiques échouent régulièrement".

"Les retards de l'aéroport sapent l'image d'efficacité de l'Allemagne", estimait de son côté le New York Times: "un emblème du savoir-faire allemand est devenu source d'embarras".

Le fiasco du projet aéroportuaire, outre qu'il engendre un surcoût estimé aujourd'hui à 1,2 milliard d'euros, jette en effet une lumière crue sur la gestion de Berlin, son endettement faramineux (62,9 milliards d'euros en 2011) et... ses autres grands projets en berne.

La réouverture du Staatsoper, son plus vieil opéra, fermé depuis 2010 pour travaux, a été reportée d'une année à 2015, avec là-aussi un surcoût. Le projet de reconstruction du château de la ville (détruit par les alliés puis la RDA) est encore dans les limbes. Les réservations dans le Waldorf Astoria, qui doit être le plus somptueux palace de la ville, ne sont possibles qu'à partir du 1er janvier 2013: la tour qui l'héberge a plusieurs mois de retard.

Pour l'exécutif berlinois, ce sont souvent des "causes particulières et totalement imprévues" qui sont la source des retards et des surcoûts de ces grands chantiers. Richard Meng, son porte-parole y voit aussi le signe d'une certaine jalousie à l'égard de la capitale.

"C'est toujours le réflexe habituel en Allemagne quand il y a quelque chose qui ne tourne pas rond à Berlin. Berlin profite actuellement d'une image tellement bonne que tout le monde est content de pouvoir dire que ce n'est pas si formidable que ça", estime-t-il.

"Regardez donc un peu ce qui se passe ailleurs: la Philharmonie de Hambourg (...) dont le chantier dure de plus en plus longtemps et coûte de plus en plus cher. Ou encore la bataille autour de la gare de Stuttgart qui a donné lieu à des immenses manifestations", détaille-t-il.

Côté économique, la chambre de commerce et d'industrie de Berlin se veut également rassurante. Pour son secrétaire général, Christian Wiesenhütter, "Berlin est encore et toujours la ville de la créativité, une ville en croissance, la capitale du melting-pot en Europe. Et que l'aéroport arrive un peu plus tard ou un peu plus tôt ne changera pas grand chose à la réputation de la ville".