Colombie: la guérilla des Farc tente d'entrer sur la scène politique

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Publié le 7 septembre 2012.

Après un demi-siècle cachée dans les montagnes de Colombie, la guérilla des Farc tente de se convertir en mouvement politique, une mue qui devra encore convaincre l'opinion, en cas de succès des négociations de paix prévues à partir d'octobre en Norvège puis à Cuba.

Issue d'une insurrection paysanne en 1964, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) vont participer pour la quatrième fois en 30 ans à des pourparlers avec le gouvernement, synonymes d'espoir mais aussi d'incertitude pour la rébellion marxiste.

A la tête d'environ 9.000 combattants, selon les autorités, essentiellement repliés dans les régions rurales, la principale guérilla du pays a perdu plus de la moitié de ses troupes depuis son âge d'or dans les années 90.

Mais pour le politologue Leon Valencia, directeur de la fondation Nuevo Arco Iris, spécialisée dans le conflit colombien, "le nombre de guérilleros n'est pas le point clé".

"Le grand point fort des Farc ne réside pas aujourd'hui dans son recrutement, mais le soutien social", affirme M. Valencia à l'AFP, estimant que la guérilla compte dans la société civile "30.000 personnes très proches, des militants actifs".

Lors des premières négociations avec les autorités dans les années 80, les Farc ont déjà tenté de s'aventurer sur la scène publique avec la création de l'Union Patriotique (UP).

Une vitrine politique dont les membres furent la cible d'une vague d'assassinats - près de 3.000 - notamment de la part de milices paramilitaires d'extrême-droite. Le meurtre de son candidat présidentiel Jaime Pardo mit fin en 1987 à l'aventure.

Parmi les dirigeants de l'UP figurait Ivan Marquez, l'un des hauts responsables des Farc, désigné jeudi comme l'un de leurs émissaires pour les prochains pourparlers de paix.

"Marche patriotique"

"Cette conversion en mouvement politique, sans armes, est possible puisqu'elle a déjà eu lieu avant, dans un autre contexte", explique à l'AFP Alvaro Villaraga, expert de la fondation Culture démocratique. "Ce processus avait échoué car il n'y a pas eu de garanties efficaces", selon lui.

Une nouvelle perspective s'ouvre aujourd'hui pour les Farc dans un pays où la mobilisation sociale, alimentée par de fortes inégalités économiques, n'a pas faibli.

Cette année, un mouvement, baptisé "Marche patriotique" et lié aux Farc selon les autorités, a organisé à Bogota une manifestation pour marquer sa création, rassemblant quelque 1.700 organisations de paysans, indigènes ou étudiants autour d'un programme de gauche mais hostile à la lutte armée.

Depuis l'officialisation des négociations, la guérilla a adopté un ton plus modéré et organisé depuis La Havane des conférences de presse, canal de communication inhabituel. "Nous existons grâce au soutien populaire et c'est notre engagement", a lancé jeudi l'un de ses commandants, Marcos Calarca.

Coordinateur de l'Observatoire du processus de désarmement, démobilisation et réintégration, Juan Andres Casas y voit le signe que les Farc "ont le potentiel pour tenir un discours politique". "De nombreux mouvements populaires visent à préparer leur entrée sur la scène politique", assure-t-il à l'AFP.

Rien n'indique toutefois qu'une participation de guérilleros repentis sur l'échiquier politique soit couronnée de succès aux prochaines élections.

En Colombie, allié traditionnel des Etats-Unis en Amérique latine, la gauche demeure minoritaire et ne compte que deux partis, le Pôle Démocratique, qui n'a obtenu en 2010 que 12 sièges sur 267 dans les chambres parlementaires, et le mouvement des Progressistes.

La figure de proue de cette formation n'est autre que Gustavo Petro, le maire de Bogota, élu en 2011, un ancien guérillero, qui fut membre non des Farc mais du M-19, une organisation nationaliste de gauche dissoute en 1990.

© 2012 AFP
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