La mandat de la mission des observateurs de l'ONU en Syrie, la Misnus, déployée en avril pour surveiller un cessez-le-feu jamais respecté, s'est achevée officiellement aux premières heures lundi, au lendemain d'une rare apparition publique de Bachar al-Assad.
La mandat de la mission des observateurs de l'ONU en Syrie, la Misnus, déployée en avril pour surveiller un cessez-le-feu jamais respecté, s'est achevée officiellement aux premières heures lundi, au lendemain d'une rare apparition publique de Bachar al-Assad. - Bulent Kilic afp.com

© 2012 AFP

Le mandat de la mission des observateurs de l'ONU en Syrie, la Misnus, déployée en avril pour surveiller un cessez-le-feu jamais respecté, s'est achevé officiellement aux premières heures lundi, au lendemain d'une rare apparition publique de Bachar al-Assad.

Le président syrien a prié dans une mosquée de Damas à l'occasion de l'Aïd el-Fitr, tandis que ses opposants ont exprimé dans la rue leur rejet du régime.

Pour la fête marquant la fin du ramadan, la télévision officielle a diffusé des images du chef de l'Etat assis pour la prière de l'Aïd dans la mosquée al-Hamad, avec le nouveau Premier ministre, Waël al-Halaqi, et le chef du Parlement, Jihad Lahham. Il s'agit de la première apparition publique de M. Assad depuis l'attentat qui a coûté la vie à quatre hauts responsables de la sécurité le 19 juillet.

Dans son prêche, l'imam Mohamed Kheir Ghantous a assuré que la Syrie triompherait du "complot américano-occidental soutenu par les wahhabites et les takfiris" (extrémistes religieux sunnites).

Le régime lutte férocement depuis 17 mois contre une révolte qui s'est militarisée. Au total, le conflit a fait plus de 23.000 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Malgré la répression, des opposants ont manifesté à Damas, Idleb (nord-ouest) et Hama (centre).

L'Aïd el-Fitr marqué par les violences

Beaucoup de Syriens n'ont pas respecté cette année la tradition qui veut que le premier jour de la fête, les gens se réunissent dans les cimetières, fleurissent les tombes, récitent des sourates du Coran et déjeunent sur place. Ils craignaient l'intervention des forces de l'ordre, qui interdisent tout attroupement, et les combats qui se sont poursuivis en particulier à Alep et à Damas, selon l'OSDH.

Cette fête, que les enfants musulmans attendent avec impatience, a été fatale pour six d'entre eux âgés de 5 à 12 ans. Au total 1.300 enfants ont été tués depuis mars 2011, d'après l'OSDH.

A Alep, pour la première fois selon habitants et rebelles, des hélicoptères de l'armée ont largué des tracts mettant en garde contre tout soutien aux insurgés et offrant à ces derniers une "dernière chance" de se rendre, selon un journaliste de l'AFP.

Deux heures après avoir largué les tracts, les hélicoptères sont revenus pour ouvrir le feu sur plusieurs quartiers.

Quatre roquettes syriennes sont par ailleurs tombées en Jordanie, près de la frontière avec la Syrie, blessant une enfant, selon les autorités jordaniennes qui n'ont pas donné plus de détails.

Services secrets occidentaux

Les rebelles sont épaulés par les services secrets britanniques et allemands, ont rapporté des journaux européens, tandis que les violences ont fait dimanche 56 morts: 22 civils, 16 soldats et 18 rebelles.

Selon le Sunday Times, qui cite un responsable de l'opposition, les services britanniques ont aidé les insurgés à mener plusieurs attaques.

Selon lui, les informations sont transmises à l'Armée syrienne libre (ASL) depuis les bases militaires britanniques à Chypre via la Turquie et les Etats-Unis.

Elle ont concerné en particulier Alep, deuxième ville du pays et théâtre d'une bataille cruciale depuis près d'un mois.

L'hebdomadaire allemand Bild am Sonntag rapporte de son côté qu'un navire allemand se trouve au large de la Syrie avec à son bord des agents du Service fédéral de renseignement (BND) qui observent les mouvements des troupes et transmettent ces informations aux services britanniques et américains pour qu'elles parviennent aux rebelles.

Les pays occidentaux, qui réclament le départ de M. Assad, répètent qu'ils ne veulent pas armer les rebelles, évoquant le risque de voir cet arsenal tomber entre les mains d'extrémistes. Mais plusieurs pays ont déjà annoncé une aide dans le domaine de la communication.

CNS "choqué", Brahimi précise ses propos

Le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, nommé il y a deux jours médiateur international pour la Syrie, a dû préciser des propos sur M. Assad qui avaient été interprétés comme s'il estimait prématuré de réclamer son départ du pouvoir, ce qui avait suscité des réactions outrées du Conseil national syrien (CNS), principale coalition d'opposition.

"Il est bien trop tôt pour que je puisse prendre position sur ce sujet. Je n'en sais pas assez sur ce qui se passe", avait dit M. Brahimi avant d'assurer sur Al-Jazeera que ces propos ne voulaient pas "dire que ce n'était pas le moment pour lui de partir".

Il a par ailleurs affirmé à la chaîne France 24 qu'il ne s'agissait plus d'"éviter" la guerre civile en Syrie mais bien de l'"arrêter".

"Le changement est inévitable, un changement sérieux, un changement fondamental, pas cosmétique", a jugé celui qui doit remplacer Kofi Annan à l'expiration de son mandat à la fin du mois.