Les trois membres de Pussy Riot sont assises derrière une glasse de verre lors de leur procès, le 17 août 2012 à Moscou.
Les trois membres de Pussy Riot sont assises derrière une glasse de verre lors de leur procès, le 17 août 2012 à Moscou. - AP Photo/Sergey Ponomarev

E.O., avec agences

«Marie mère de Dieu, chasse Poutine!» C’est pour avoir chanté cette «prière punk» dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou en février que les membres du groupe russe Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camp de travail chacun. Après cinq mois de détention provisoireNadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, ont été reconnues ce vendredi coupables de «hooliganisme motivé par la haine religieuse».

«C'est une honte!»

Les trois prévenues ont écouté en souriant la lecture du jugement derrière leur cage vitrée. «C'est une honte! C'est une injustice!», ont crié plusieurs personnes dans la salle du tribunal à l'annonce du jugement, inférieur d'un an à ce qu'avait requis le procureur. Nadejda Tolokonnikova a souri en entendant sa condamnation.

La lecture du jugement a duré près de trois heures, la juge reprenant en grande partie les arguments avancés le 7 août dernier par la procureur qui avait alors requis trois ans de camp contre les Pussy Riot. La juge Marina Syrova a mis l'accent sur le caractère «sacrilège» de l'intervention des Pussy Riot et leur «haine de la religion», citant largement les déclarations d'employés et membres de la sécurité de la cathédrale qui ont porté plainte pour les «souffrances morales» occasionnées par la «prière punk» des jeunes femmes.

La vidéo du «crime»:

Le 7 août, le procureur avait estimé que les jeunes femmes étaient coupables de hooliganisme et d’incitation à la haine religieuse et a requis trois ans de camp de travail contre elles – alors qu’elles encouraient sept ans de prison.

Les avocats de la défense avaient quant à eux plaidé la relaxe, dénonçant notamment «une commande politique venant d'en haut pour mettre en prison des opposantes politiques qui ont critiqué à leur manière l'alliance entre l'Eglise et un Etat autoritaire».

Un rassemblement à Paris

Début août, Vladimir Poutine s’étaitexprimé publiquement sur l’affaire et a rejeté ces accusations. Tout en s’en remettant à la justice, le président russe avait même estimé que les Pussy Riot ne devaient pas «être jugées trop sévèrement».

La mobilisation internationale pour la libération des jeunes femmes ne faiblit pas, et des actions de soutien se sont déroulées un peu partout dans le monde – New York, Madrid, Barcelone, Prague, Edimbourg, Dublin – ce vendredi. A Paris, un rassemblement a été organisé place Igor Stravinsky, dan s le 4e arrondissement.

Ce vendredi soir, la France a «déploré la condamnation» des membres de Pussy Riot. «Le verdict prononcé ce jour apparaît comme particulièrement disproportionné, compte tenu des faits mineurs qui leur sont reprochés», estime le Quai d'Orsay dans un communiqué. La France souligne par ailleurs que «la procédure n'est pas terminée, les voies de recours en Russie et à Strasbourg n'ayant pas été épuisées».