L'Equateur accorde l'asile à Julian Assange, Londres campe sur sa position

L'Equateur a accordé l'asile politique au fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié depuis deux mois dans son ambassade à Londres, une décision qui "ne change rien" pour le gouvernement britannique, pour qui le blocage pourrait s'éterniser.

© 2012 AFP

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L'Equateur a accordé l'asile politique au fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié depuis deux mois dans son ambassade à Londres, une décision qui "ne change rien" pour le gouvernement britannique, pour qui le blocage pourrait s'éterniser.

L'Equateur a accordé l'asile politique au fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié depuis deux mois dans son ambassade à Londres, une décision qui "ne change rien" pour le gouvernement britannique, pour qui le blocage pourrait s'éterniser. — Will Oliver afp.com

L'Equateur a accordé l'asile politique au fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié depuis deux mois dans son ambassade à Londres, une décision qui "ne change rien" pour le gouvernement britannique, pour qui le blocage pourrait s'éterniser.

Quito "a décidé d'accorder l'asile diplomatique au citoyen (australien) Julian Assange", a annoncé jeudi le ministre équatorien des Affaires étrangères Ricardo Patino, mettant un terme à un suspense de près de deux mois.

Quelques minutes plus tard, le Foreign Office a annoncé dans un communiqué que Londres était "déçu" par la prise de position de Quito mais que cette décision ne changeait "rien" quant à son obligation d'extrader M. Assange vers la Suède.

Le fondateur de WikiLeaks, âgé de 41 ans, a épuisé tous les recours juridiques au Royaume-Uni contre le mandat d'extradition lancé par la Suède, où il est soupçonné de viol et d'agression sexuelle. Il est réfugié depuis le 19 juin à l'ambassade d'Equateur à Londres, où il avait déposé une demande d'asile politique pour éviter son extradition.

Selon M. Patino, l'Equateur a considéré que si M. Assange "était placé en détention préventive en Suède se produirait une chaîne d'événements qui ne pourraient éviter son extradition" ultérieure dans un pays tiers comme les Etats-Unis.

S'il est extradé vers la Suède, le fondateur de WikiLeaks dit redouter d'être transféré dans un second temps aux Etats-Unis pour y répondre d'espionnage après la divulgation par son site de 250.000 télégrammes diplomatiques américains.

Aux Etats-Unis, M. Assange "pourrait être jugé par des tribunaux spéciaux ou militaires et il n'est pas improbable qu'un traitement cruel et dégradant lui soit réservé et qu'il soit condamné à la peine capitale", a estimé le ministre équatorien.

Jeudi soir, la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland a assuré que Washington n'est aucunement impliqué dans le différend entre Londres et Quito, démentant toute pression sur le gouvernement britannique. "Je rejette pleinement les accusations selon lesquelles les Etats-Unis ont l'intention de le persécuter", a insisté Mme Nuland.

M. Patino a également répété que son pays avait réuni de "sérieux indices" accréditant la possibilité de "représailles" contre M. Assange "qui peuvent mettre son intégrité, sa sécurité, et même sa vie en danger".

"Les autorités britanniques sont dans l'obligation de l'extrader vers la Suède. Nous nous soumettrons à cette obligation", a répondu Londres, qui avait déjà prévenu jeudi matin qu'il s'opposerait à une extradition vers Quito.

Face à l'inflexibilité de Londres, M. Patino a affirmé dans la soirée ne pas exclure de saisir la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye pour contraindre la Grande-Bretagne à accorder un sauf-conduit à Julian Assange pour qu'il rejoigne l'Equateur. Une option également évoquée par l'ex-juge espagnol Baltasar Garzon, qui coordonne la défense de M. Assange.

Une cinquantaine de personnes ont manifesté jeudi soir à Quito devant l'ambassade britannique pour exiger un sauf-conduit pour le fondateur de WikiLeaks.

De son côté, la Suède a "fermement" rejeté "toute accusation" selon laquelle sa justice ne garantit pas les droits de la défense. Stockholm a même annoncé la convocation de l'ambassadeur équatorien pour qu'il s'explique sur les accusations de son gouvernement.

L'Organisation des Etats américains (OEA), qui regroupe une trentaine de pays, s'est réunie d'urgence jeudi soir à Washington pour traiter des relations entre l'Equateur et la Grande-Bretagne. "Nous avons une proposition pour que les ministres des Affaires étrangères se réunissent le 23 août à Washington", mais la décision finale quant à ce projet sera prise vendredi, a déclaré le président du Conseil permanent de l'OEA, le Jamaïquain Stephen Vasciannie.

Par ailleurs, les ministres des Affaires étrangères de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) et de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba) se réuniront le week-end prochain à Guayaquil, en Equateur, pour analyser la situation.

A Londres, un appel a été lancé sur le réseau social Twitter pour manifester devant l'ambassade d'Equateur, située dans le quartier chic de Kensington, après que l'Equateur eut de nouveau évoqué jeudi une possible prise d'assaut de la représentation si l'Australien n'était pas remis aux Britanniques.

Une hypothèse qu'a semblé écarter le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague, estimant que la bataille diplomatique et juridique autour du cas Assange pourrait prendre un temps "considérable".

Devant l'ambassade, un groupe d'une cinquantaine de manifestants a brièvement fait face à une trentaine de policiers en gilets pare-balles après l'annonce de Quito, mais aucun trouble majeur n'y a été constaté, même si trois manifestants ont été interpellées en fin de matinée.

A l'intérieur de l'ambassade, Julian Assange a salué "une victoire importante", ajoutant toutefois que "les choses vont probablement devenir plus stressantes maintenant".

Peu après les déclarations de son ministre, le président équatorien Rafael Correa s'était exclamé sur son compte Twitter: "Personne ne va nous faire peur", comme un défi lancé aux autorités britanniques.

Dénonçant "l'arrogance" et "la prépotence" du gouvernement britannique, le Venezuela a pour sa part demandé à la Grande-Bretagne de "respecter non seulement le droit international mais aussi le droit d'asile politique" accordé à Julian Assange.