La Chine contrôlait strictement samedi les informations sur le procès de Gu Kailai, l'épouse d'un haut dirigeant déchu qui a reconnu cette semaine avoir empoisonné un Britannique, un assassinat dont de nouveaux détails sordides continuaient à émerger.
La Chine contrôlait strictement samedi les informations sur le procès de Gu Kailai, l'épouse d'un haut dirigeant déchu qui a reconnu cette semaine avoir empoisonné un Britannique, un assassinat dont de nouveaux détails sordides continuaient à émerger. - Peter Parks afp.com

© 2012 AFP

La Chine contrôlait strictement samedi les informations sur le procès de Gu Kailai, l'épouse d'un haut dirigeant déchu qui a reconnu cette semaine avoir empoisonné un Britannique, un assassinat dont de nouveaux détails sordides continuaient à émerger.

Mme Gu, femme de Bo Xilai, a été jugée jeudi dans la ville orientale de Hefei et certains de ses complices présumés, quatre policiers de haut rang, vendredi. Les verdicts ont été mis en délibéré à une date non précisée.

Expliquant avoir souffert d'une dépression et vécu un "cauchemar", l'ex-avocate internationale a reconnu avoir tué Neil Heywood, un homme d'affaires resté longtemps proche de la famille Bo avant que leurs relations ne virent à l'aigre.

L'assassinat s'est déroulé un soir de novembre 2011 dans un luxueux hôtel de Chongqing, mégapole alors dirigée par Bo Xilai.

"Cette affaire a causé des dommages importants au Parti et au pays, au sujet desquels je me dois d'endosser la responsabilité", a affirmé l'accusée dans des déclarations rendues publiques vendredi soir. Gu Kailai aurait enduré des "troubles mentaux" dus à sa dépendance à des médicaments psychotropes.

Samedi les mots "Gu Kailai", "Bo Xilai" ou "Neil Heywood" faisaient l'objet d'une censure sur l'internet.

Les grands journaux avaient eux reçu l'instruction claire de n'utiliser dans leurs pages que l'agence Chine nouvelle, ainsi qu'il est d'usage en Chine pour les affaires sensibles.

Cette agence officielle a diffusé tard vendredi un long compte-rendu (plus de 3.500 mots) du procès.

On y apprend de nouveaux éléments illustrant le machiavélisme de Mme Gu et le sang-froid dont elle a fait preuve dans son assassinat. Notamment la façon dont elle avait soigneusement préparé une solution à base de cyanure, qu'elle a apportée avec du thé et du vin dans la chambre d'Heywood.

Alors que le Britannique était saoul au point d'avoir vomi et qu'il se trouvait allongé sur son lit, elle s'est mise à son chevet et lui a elle-même versé le liquide létal dans la bouche, tout en lui parlant.

Puis, afin de faire croire à un suicide ou à un accident, elle a dispersé des gélules médicamenteuses autour du lit d'Heywood et a quitté les lieux en faisant attention à accrocher à la porte de la chambre un panonceau "ne pas déranger".

Un Chinois qui a assisté jeudi aux débats du procès, où la presse étrangère était interdite d'accès, a indiqué à l'AFP sous couvert de l'anonymat que, le lendemain des faits, Gu Kailai avait avoué son crime à Wang Lijun, alors chef de la police de Chongqing et bras droit de son mari.

Celui-ci a discrètement enregistré leur conversation puis prélevé des tissus sur le cadavre du Britannique.

Trois mois plus tard, ce superflic aux méthodes musclées, tombé en disgrâce auprès de Bo Xilai, allait révéler tout ce qu'il savait à des diplomates américains. L'affaire éclatait dans la foulée, la déchéance de Bo Xilai provoquant une onde de choc jusqu'au sommet de l'appareil communiste central.

En plus de mêler argent, crime et politique, ce scandale a exposé des divisions au sein du Parti, alors que ce dernier entend afficher une image d'unité à l'approche de son XVIIIe Congrès en octobre qui verra l'arrivée d'une nouvelle génération de dirigeants.

Pour les analystes, le procès de Gu Kailai a été rendu possible par un accord entre les factions au sein du pouvoir. C'est aussi l'avis du Chinois de la rue, qui cultive généralement peu d'espoir sur l'indépendance de la justice de son pays.

"Ce n'est pas un procès judiciaire, c'est un procès politique et un procès de privilégiés", estimait ainsi un internaute se présentant sous le nom de A'bang-kunshou, parmi les rares commentaires disponibles en ligne.

"Le procès de Hefei n'est qu'une tricherie", a également jugé un autre internaute, Ran Ran Shou, qui est aussi parvenu à contourner la censure.

"J'accepterai et j'affronterai avec sérénité le verdict me concernant", a assuré Gu Kailai, citée par Chine nouvelle.