Rudy Eugene, abattu par la police de Miami le 26 mai, alors qu'il était en train de déchiqueter le visage d'un homme à coup de dents.
Rudy Eugene, abattu par la police de Miami le 26 mai, alors qu'il était en train de déchiqueter le visage d'un homme à coup de dents. - AP/SIPA

Bérénice Dubuc

Il a survécu, et a raconté son calvaire aux enquêteurs de la police de Miami. Le 19 juillet dernier, Ronald Poppo, la victime du «zombie de Miami» Rudy Eugene, a raconté aux policiers l’agression qu’il a subie le 26 mai. Les médias américains ont rendu public mercredi son témoignage.

Sur des bandes que s’est procuré CBS Miami, le sans-abri de 65 ans raconte aux policiers qu’il traînait dans les alentours du centre-ville de Miami en ce 26 mai. Ronald Poppo raconte que Rudy Eugene l’a approché alors qu’il marchait sur un trottoir. Il était «avenant», avant de «péter un plomb». Rudy Eugene l’a alors étranglé et l’a maintenu au sol avec une «prise de catch». «Il a simplement déchiré mon visage en lambeaux», dit calmement le sans-abri de 65 ans. «Il a mâché mon visage. Il m’a arraché les yeux ... Et c'est finalement tout ce qu'il y a à dire à ce sujet.»

«Il s’est défoulé sur moi»

«Pendant un court instant j’ai pensé que c’était un mec bien», explique le sans-abri. «Mais il est devenu fou furieux. Il n’avait pas dû passer une bonne matinée à la plage, d’où il revenait. Et je crois qu’il s’est défoulé sur moi.» L’attaque, d’une rare violence, a duré dix-huit minutes. Le calvaire de Ronald Poppo a pris fin lorsqu’un policier a abattu Rudy Eugene après lui avoir intimé en vain l’ordre de s’arrêter.

«Qu’est-ce qui peut provoquer ce genre d’attaque?» s’interroge la victime lors de son entretien avec les policiers. «Je suis sûr que je ne l’ai pas insulté, que je ne lui ai rien dit de désagréable ou de méchant», assure-t-il. La police soupçonnait l’agresseur d’avoir consommé de la drogue synthétique, ou d’avoir souffert d’une psychose liée à la prise de drogue, mais les résultats toxicologiques ne sont  revenus positifs qu’à la marijuana.

«Je remercie la police de Miami de m’avoir sauvé la vie»

Selon certains experts, vu la vitesse à laquelle les nouvelles formes de drogues synthétiques arrivent sur le marché, il est presque logique que le laboratoire de la police n’ait pas su les déceler. Pour Ronald Poppo, son agresseur était bien drogué: «Il a parlé de façon étrange pendant un moment. Il disait que j’allais mourir, et qu’il allait mourir aussi. Il devait avoir pris quelque chose.»

Après l’attaque, Ronald Poppo a été transporté, entre la vie et la mort, au Jackson Memorial Hospital de Miami. Selon les médecins, environ 50% de son visage a été déchiqueté, et il a perdu le nez et les yeux. Il  a subi plusieurs opérations chirurgicales, et de nombreuses autres doivent suivre pour reconstruire son visage. Il bénéficie de la couverture santé américaine et le Jackson Memorial Hospital collecte également des fonds pour financer ses soins.

«Je remercie la police de Miami de m’avoir sauvé la vie», conclut Ronald Poppo a la fin de son entretien avec les enquêteurs. «S’ils n’étaient pas arrivés si vite, mon état serait bien pire. J’aurais pu mourir.»