Londres : un an après les émeutes, la fête olympique masque les problèmes

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Publié le 3 août 2012.

Un an après les spectaculaires émeutes qui ont enflammé des quartiers de Londres et d'autres villes, la fête olympique bat son plein sans encombres dans la capitale britannique mais les ingrédients des violences urbaines, en ces temps d'austérité, sont toujours là.

A Tottenham, quartier déshérité et multiethnique du nord de Londres où ont éclaté les premières violences le 6 août, deux jours après la mort d'un jeune Noir de 29 ans tué par la police, la rue principale garde quelques stigmates des destructions.

Sur cette artère animée, où s'alignent petits immeubles HLM de briques et commerces divers, des palissades ont été érigées devant les magasins en reconstruction. Des affiches y proclament les promesses de la mairie du quartier: davantage d'activités à la maison des jeunes, de l'argent pour les emplois locaux, un effort pour la propreté des rues...

"Ils reconstruisent les boutiques mais à part ça, rien n'a changé", commente Tamzin, une étudiante de 18 ans, assise à un arrêt de bus. Cette habitante du quartier n'a pas d'émeutier dans son entourage, mais comprend les motivations de certains d'entre eux.

"Beaucoup ont fait ça parce qu'ils en avaient marre. Personne ne se soucie d'eux", explique l'apprentie comédienne, pour qui "il faut leur donner du travail. Pas seulement à titre volontaire. Il faut qu'ils soient payés".

Dans ce quartier, déjà théâtre d'émeutes en 1985, le taux de chômage est l'un des plus élevés de la capitale.

"La situation est précaire, elle le reste dans tout le pays", juge le député travailliste de Tottenham David Lammy, auteur d'un livre sur les émeutes, "Out of the Ashes" (Renaître des cendres).

"Le chômage s'est aggravé à Tottenham, l'austérité ronge les allocations, les services d'aide à la jeunesse", souligne-t-il, tout en constatant des "avancées positives" dans la rénovation de son quartier, comme l'aide financière fournie par la mairie de Londres et l'engagement du club de football à rester.

La situation est différente de l'été dernier, avec les jeux Olympiques qui occupent les esprits et "inspirent" les jeunes, juge-t-il.

"Mais personne ne devrait s'imaginer que parce que l'été se déroule bien les problèmes n'existent plus", prévient l'élu, selon qui on ne peut pas exclure la répétition des émeutes "dans les cinq ou six ans" à venir.

"Ces choses sont imprévisibles", juge le sociologue Tim Newburn, qui a réalisé une enquête auprès de 270 émeutiers de Londres, Birmingham et d'autres villes d'Angleterre, mettant en évidence des sentiments d'"exclusion" et d'"injustice (...) probablement toujours présents" chez ces jeunes.

Pour cet expert de la London School of Economics (LSE), la réponse apportée par les autorités est insuffisante: le problème des relations entre la police et les jeunes "n'a pas été assez pris en compte" et l'indemnisation des victimes des émeutes est incomplète, explique-t-il.

Après les quatre nuits des pires émeutes qu'ait connu le pays en trente ans (cinq morts), le Premier ministre conservateur David Cameron avait fustigé "l'effondrement moral de la société" et promis la "tolérance zéro" à l'égard des fauteurs de troubles.

Un an après, 4.521 personnes ont été arrêtées à Londres, et plus de 2.900 traduites en justice, selon les derniers chiffres de la police. Dans tout le pays, près de 1.300 personnes ont été condamnées à des peines de prison de 17 mois en moyenne et à la mi-juin, la moitié d'entre elles avaient été libérées.

Quant à l'élément déclencheur des émeutes, les circonstances contestées dans lesquelles Mark Duggan a été tué par la police, le flou subsiste. Un rapport de l'IPCC, organisme indépendant chargé de contrôler l'action de la police, est attendu dans les prochaines semaines.

© 2012 AFP
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