Les trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot jugées pour une "prière punk" contre Vladimir Poutine en février dans la principale cathédrale de Moscou ont clamé lundi leur innocence, tout en regrettant avoir pu heurter les sentiments religieux des croyants.
Les trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot jugées pour une "prière punk" contre Vladimir Poutine en février dans la principale cathédrale de Moscou ont clamé lundi leur innocence, tout en regrettant avoir pu heurter les sentiments religieux des croyants. - Andrey Smirnov afp.com

© 2012 AFP

Les trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot jugées pour une «prière punk» contre Vladimir Poutine en février dans la principale cathédrale de Moscou ont clamé lundi leur innocence, tout en regrettant avoir pu heurter les sentiments religieux des croyants.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, arrêtées il y a cinq mois, comparaissent en justice pour avoir «infligé de profondes blessures morales à des chrétiens orthodoxes» et encourent jusqu'à sept ans de prison pour «hooliganisme».

>> Qui sont les Pussy riot? Cliquez ici pour en savoir plus

«Nous n'avons pas prononcé de mots insultants à l'égard des croyants, de l'Eglise ou de Dieu», ont assuré les prévenues dans une déclaration lue à haute voix par l'avocate Violetta Volkova au cours de cette nouvelle audience retransmise en direct sur le site internet du tribunal Khamovnitcheski, situé dans la capitale russe.

«Nous n'avons procédé à aucune agression (...), nous n'étions animées que par l'envie d'améliorer la situation politique», insistent-elles. Réagissant à l'énoncé de l'acte d'accusation, dans lequel il est écrit que les trois femmes ont été guidées par «la haine de la religion», Samoutsevitch et Tolokonnikova ont plaidé non-coupable, tandis qu'Alekhina a affirmé à plusieurs reprises «ne pas comprendre les chefs d'accusation».

Elles sont poursuivies pour avoir entonné le 21 février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» intitulée «Marie mère de Dieu - chasse Poutine!» à l'intérieur de la cathédrale du Christ-Sauveur. Au total, cinq femmes du groupe Pussy Riot ont participé à cette action, mais seules trois ont été arrêtées par la police. Les juges ont ordonné leur maintien en détention jusqu'en janvier 2013. «Nous étions chagrinées» par le comportement du patriarche

Chagrinées par le patriarche

Les prévenues expliquent avoir voulu exprimer leur «chagrin» face au comportement du chef de l'Eglise orthodoxe russe, Kirill, qui avait ouvertement soutenu Vladimir Poutine avant l'élection présidentielle du 4 mars. «Nous avons reflété l'attitude de nombreux croyants envers les appels du patriarche (de Moscou et de toutes les Russies, ndlr) à voter Poutine. Nous étions chagrinées par les déclarations politiques du patriarche et nous voulions l'exprimer», soulignent-elles.

Les jeunes femmes disent toutefois «regretter» d'avoir pu blesser des fidèles. Les avocats de la défense, qui qualifient les accusations d'«absurdes» et d'«inventées», ont demandé que Kirill soit convoqué au tribunal en tant que témoin, mais cette requête a été rejetée. Les prévenues ont, quant à elles, qualifié les poursuites engagées contre elles de «censure politique» visant à «provoquer un sentiment de peur» chez les Russes.

Medvedev appelle au calme

Bien que la justice ait promis un procès public aux trois jeunes femmes, autorisant la retransmission en direct des audiences, le tribunal a interdit - pour des raisons de sécurité - la prise d'images vidéo et de photos pendant l'intervention des témoins, à la demande du parquet.

La «prière» contre Vladimir Poutine a suscité de nombreuses réactions de désapprobation, dans un pays qui a connu depuis la chute du régime soviétique en 1991 un renouveau religieux. Mais de nombreuses personnalités russes et étrangères ont pris la défense des prévenues, jugeant disproportionnés avec les faits les poursuites et leur maintien en détention.

Amnesty International a dénoncé lundi un procès «ayant des motivations politiques» et réclamé la «libération immédiate» des trois jeunes femmes. Pour sa part, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a exhorté à ne pas dramatiser cette affaire et à garder son «calme», en attendant «la fin de l'enquête et le jugement».