James  Eagan Holmes, l'auteur de la tuerie d'Aurora, en banlieue de Denver  dans le Colorado, devant la justice pour une  première comparution, le lundi 23 juillet 2012
James Eagan Holmes, l'auteur de la tuerie d'Aurora, en banlieue de Denver dans le Colorado, devant la justice pour une première comparution, le lundi 23 juillet 2012 - RJ Sangosti/AP/SIPA

Bérénice Dubuc

Est-il vraiment fou ou est-il simplement prêt à tout pour éviter la prison? James Holmes, l’auteur présumé de la fusillade d’Aurora, dans le Colorado, a comparu lundi devant la justice américaine. Et cette première apparition publique a soulevé beaucoup d’interrogations.

A la vue d’un James Eagan Holmes aux cheveux teints en orange, mutique, qui remuait doucement la tête en tous sens, écarquillant parfois les yeux d'un air ébahi, et qui ne semblait pas comprendre un mot de ce qui se disait pendant l’audience, les observateurs se sont inévitablement posé la question de son état mental: était-il sous l’effet de médicaments, simulait-il la folie pour échapper à la peine de mort, toujours en vigueur dans l’Etat, ou est-il tout simplement bel et bien fou?

«Il essaie de jouer le fou»

Accusé d'avoir tué 12 personnes et d'en avoir blessé 58 vendredi dans une salle bondée d’un cinéma d'Aurora, dans la banlieue de Denver, lors d'une première à minuit de The Dark Knight Rises, dernier volet de la trilogie Batman de Christopher Nolan, le jeune homme de 24 ans n’a rien expliqué de ses motivations aux enquêteurs. Tout juste aurait-il déclaré lors de son arrestation qu'il était le «Joker», le «méchant» de Batman. Selon des sources policières citées par CNN et le Los Angeles Times, un masque de Batman et un poster figurent parmi les effets personnels découverts dans son appartement.

Mais son étrange prestation de lundi fait douter les experts, certains estimant que James Holmes feint la folie. Un employé de la prison où est détenu le suspect suspecte que son attitude catatonique n’était qu’un rôle: «Il essaie de jouer le fou, a-t-il dit au New York Daily News. Tout le monde ici pense que c’est une feinte, mais il est le seul à savoir réellement ce qu’il en est.»

Une ancienne chercheuse en psychologie des services secrets américains, Marissa Randazzo, a expliqué dans l’émission Good Morning America que Holmes pouvait avoir connu un «épisode psychotique» lors de l’audience du fait du stress, mais a indiqué qu’il pouvait tout aussi bien le feindre, dans la mesure où Holmes «étudiait les neurosciences, et exactement le type de maladies cérébrales dont il va être question dans cette affaire».

Schizophrène?

Le Dr Joan Neff, criminologue de l’université de Virginie, a indiqué pour sa part qu’Holmes pouvait être ateint de schizophrénie, et «pourrait ne pas savoir ce qui se passe autour de lui». Car, selon différentes sources, son comportement étrange n’aurait pas commencé dans la salle d’audience. Des employés de la prison ont ainsi expliqué au New York Daily News qu’il «semble se croire dans un film» et «agit comme un fou».

Jack Levin, un professeur de sociologie qui étudie ces tueurs particuliers depuis trente ans, estime qu’il « peut souffrir de schizophrénie et d’un syndrome de désordre cérébral». Un syndrome qui, selon ce spécialiste, affecte particulièrement les adolescents et les empêche de «faire la distinction entre la réalité et le monde fantasmé».

Pour faire la lumière sur son état mental, plusieurs expertises psychiatriques devraient être demandées par la partie civile et le ministère public. Selon le Denver Post, l’avocat de Holmes devrait choisir une défense fondée sur l'aliénation mentale et plaider non coupable en invoquant la folie.