Pérou: un an après, la présidence d'Ollanta Humala à l'aune des conflits miniers

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Publié le 29 janvier 2014.

Il a promis "l'or et l'eau" mais un an après son investiture, le président péruvien Ollanta Humala est pris en étau entre conflits sociaux et environnementaux et le développement de l'industrie minière au coeur du boom économique du pays, selon les analystes.

"Les conflits sociaux liés à la mine se sont transformés en conflits politique d'envergure", résume l'économiste José de Echave, ancien ministre et coordinateur de l'Observatoire des conflits miniers, qui regroupe plusieurs ONG.

"C'est une situation qui oblige à un changement de politique, l'Etat doit récupérer sa crédibilité" dit-il lors d'une conférence de presse jugeant sévèrement le bilan des 12 derniers mois.

Premier président de gauche péruvien depuis 36 ans, Ollanta Humala s'apprête à célébrer en grande pompe le 28 juillet sa première année au pouvoir, marquée par 247 conflits sociaux qui ont fait 17 morts, quelque 2.300 blessés et conduit à l'instauration par trois fois de l'état d'urgence, selon l'Observatoire du défenseur (médiateur) du peuple.

Humala a "gaspillé ces 12 derniers mois, il n'a réalisé aucune réforme structurelle nécessaire au Pérou, notamment dans le domaine de la santé, de l'éducation, aucun programme sérieux en matière d'infrastucture au niveau national" regrette pour sa part l'économiste Jorge Gonzalez Izquierdo.

"Il est en pilotage automatique" et "l'instabilité sociale affecte les expectatives des investisseurs" dit-il à l'AFP.

La popularité du président Humala est tombée de 58% en février à 4O% en juillet, selon les instituts de sondage.

Dans une récente enquête nationale de Datum, un institut d'études d'opinion indépendant, les péruviens attribuent une note de 11,4/20 à la gestion de leur président, notamment en matière de programmes sociaux, sécurité, lutte contre la corruption.

Par contre, l'influente Société nationale des industries (SNI) estime qu'en "matière économique Humala mérite un 17/20" pour avoir préservé le modèle économique libéral en vigueur au Pérou depuis 20 ans.

"Il a été une surprise rassurante pour les milieux d'affaires" dit à l'AFP Luis Salazar, président de la SNI.

Premier producteur d'argent au monde, 5e d'or, 2e de cuivre, le Pérou est un puissance minière qui connaît depuis près de 1O ans, une croissance économique record.

Mais "60% des conflits sociaux sont liés à la mine et aux hydrocarbures" relève l'Observatoire des conflits miniers dans son dernier rapport, regrettant que Humala ait "opté pour l'autoritarisme et la répression, abandonnant le dialogue comme mécanisme fondamental pour aborder les conflits sociaux".

On en compte une dizaine pour la seule région de Cajamarca (nord), où se trouve le projet le plus controversé, Conga, une gigantesque mine d'or et de cuivre, prévue en 2014, ayant nécessité des investissements de 4,8 milliards de dollars, soit le plus grand projet du Pérou.

Le projet est paralysé depuis décembre.

Le président Humala, 50 ans, proche à ses débuts de la gauche radicale d'Amérique latine, a opté depuis son élection pour un modèle de gouvernance alliant forte croissance et intégration sociale, dans un pays aux immenses écarts de richesse et de développement, où plus de 30% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.

A l'heure où le Pérou est classé comme un des premiers producteurs de cocaïne au monde avec la Colombie, Humala - un ancien militaire impliqué dans la lutte contre la guérilla il y a deux décennies - donne par ailleurs une image de faiblesse et d'indécision concernant la façon de lutter contre la rébellion et le trafic de drogue.

"Ce que nous voyons, c'est que la guérilla (du Sentier Lumineux) continue de s'étendre dans les zones productrices de feuilles de coca" indique à l'AFP le sociologue Fernando Rospigliosi.

"La lutte contre la guérilla se passe mal et la lutte contre le narcotrafic encore plus mal" résume-t-il.

© 2012 AFP
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