La Russie et la Chine ont mis leur veto jeudi à l'ONU à une résolution occidentale menaçant le régime syrien de sanctions, une décision qui remet en question la médiation de Kofi Annan et la mission des observateurs onusiens.
La Russie et la Chine ont mis leur veto jeudi à l'ONU à une résolution occidentale menaçant le régime syrien de sanctions, une décision qui remet en question la médiation de Kofi Annan et la mission des observateurs onusiens. - Mario Tama afp.com

© 2012 AFP

La Russie et la Chine ont mis leur veto jeudi à l'ONU à une résolution occidentale menaçant le régime syrien de sanctions, une décision qui remet en question la médiation de Kofi Annan et la mission des observateurs onusiens.

Il s'agit du troisième double veto russo-chinois aux tentatives de l' ONU de faire pression sur Damas depuis le début du conflit en Syrie il y a 16 mois. Les deux premiers datent du 4 octobre 2011 et du 4 février 2012.

Sur les 15 pays membres du Conseil de sécurité, la résolution a recueilli 11 voix pour, 2 contre et 2 abstentions (Pakistan et Afrique du Sud).

Ce blocage a déclenché des critiques acerbes des Etats-Unis et des pays européens (France, Allemagne, Royaume Uni, Portugal) qui avaient proposé ce texte. Le Conseil "a totalement échoué", a constaté l'ambassadrice des Etats-Unis, Susan Rice. Washington va dorénavant privilégier des efforts "en dehors du Conseil" pour faire pression sur Damas et aider la population syrienne.

Moscou et Pékin "ont décidé de soutenir jusqu'à la fin le régime syrien dans sa répression sanglante de l'opposition", a martelé l'ambassadeur de France Gérard Araud. "L'histoire leur donnera tort, l'histoire les jugera, elle commence déjà à le faire en ce moment-même à Damas", a-t-il ajouté, dans une allusion aux combats qui font rage dans la capitale syrienne.

Paris veut travailler avec l'opposition pour "en faire une force crédible pour l'avenir de la Syrie" et s'efforcer de traîner les principaux responsables du régime devant la justice internationale.

L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine s'est défendu en expliquant que le projet occidental "ouvrait la voie" à une intervention militaire. Une affirmation contestée par les Occidentaux qui ont rappelé que le texte brandissait seulement la menace de sanctions économiques si les forces syriennes ne cessaient pas d'utiliser leurs armes lourdes contre l'opposition.

L'ambassadeur chinois Li Baodong a accusé Européens et Américains d'avoir voulu forcer la main à Pékin par une "démarche rigide et arrogante" et de vouloir "faire pression sur un des camps seulement".

Reste que ce veto "met en péril" la mission de Kofi Annan, médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe, qui se voit refuser les "outils de pression" qu'il avait expressement demandés, a estimé Gérard Araud.

M. Annan lui-même s'est dit "déçu de constater qu'à ce moment crucial le Conseil de sécurité n'a pas pu agir de manière ferme et concertée comme il l'avait instamment demandé et espéré".

Le texte occidental prolongeait aussi le mandat de la Mission de l'ONU en Syrie (Misnus) qui expire vendredi soir. Les 15 pays membres vont devoir voter une nouvelle résolution vendredi pour régler le sort des 300 observateurs militaires non armés déployés depuis mi-avril mais qui ont suspendu leurs activités en juin en raison des combats.

Selon des diplomates, le Conseil pourrait prolonger la mission pendant une courte période, le temps pour les observateurs de prendre leurs dispositions afin de quitter le pays. Si pendant ce délai, la sécurité s'améliorait ou si une issue pacifique se profilait, l'ONU pourrait toujours leur demander de rester plus longtemps.

Mais deux projets rivaux de résolution sont sur la table et pourraient être soumis au vote l'une après l'autre vendredi matin, risquant de mener à un nouveau blocage.

L'une, proposée par le Pakistan et soutenue par la Russie, prolonge simplement la mission de 45 jours. L'autre, présentée par le Royaume Uni et soutenue par les Occidentaux, la prolonge de 30 jours mais précise qu'ensuite la mission ne pourra être prolongée à nouveau que si Damas tient sa promesse de retirer ses armes lourdes.

Une clause que l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a qualifié devant des journalistes de "position idéologique". Il a prédit une "matinée étrange" vendredi. L'ambassadrice américaine Susan Rice a affirmé pour sa part que Washington ne voulait pas d'une simple "prolongation technique".