Le criminel de guerre nazi encore en vie le plus recherché au monde, le Hongrois Laszlo Csatary, coulait à 97 ans des jours tranquilles à Budapest depuis 17 années, de plus sous sa véritable identité.
Le criminel de guerre nazi encore en vie le plus recherché au monde, le Hongrois Laszlo Csatary, coulait à 97 ans des jours tranquilles à Budapest depuis 17 années, de plus sous sa véritable identité. - Attila Kisbenedek afp.com

© 2012 AFP

Le criminel de guerre nazi encore en vie le plus recherché au monde, le Hongrois Laszlo Csatary, coulait à 97 ans des jours tranquilles à Budapest depuis 17 années, de plus sous sa véritable identité.

Laszlo Csatary n'était pas inquiété en dépit des informations sur son passé transmises à la justice hongroise depuis plus de dix mois par le Centre Simon-Wiesenthal, basé à Jérusalem.

Dans un immeuble moderne du XIIe arrondissement, un quartier huppé de la capitale hongroise, figurent deux noms sur une boîte à lettres: "Csatary/Smith". Ce sont ceux d'une seule et même personne: Laszlo Csatary, chef de la police du ghetto juif de la ville slovaque de Kosice (Kassa en hongrois, Kaschau en allemand) durant la Seconde Guerre mondiale.

15.700 juifs y avaient été pour certains assassinés et pour l'immense majorité déportés vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, en Pologne, pendant l'occupation par l'Allemagne nazie et son allié hongrois de ce qui était alors la Tchécoslovaquie.

D'après les documents d'archives du Centre, Laszlo Csatary a traité cruellement les juifs du ghetto, fouettant les femmes et leur faisant creuser des tranchées à mains nues.

Selon ses voisins, qui semblent tout ignorer de son passé, Csatary est propriétaire d'un appartement de deux pièces au cinquième étage. "Je croise de temps en temps ce vieux monsieur, il vit ici depuis longtemps", dit une voisine. "Il ne venait pas aux réunions de copropriétaires, mais il payait toujours ses charges", indique I. Vasarhelyi, ancien syndic de l'immmeuble.

La voiture de Laszlo Csatary, une Ford Scorpio gris foncé, est garée dans le parking de l'immeuble, a constaté l'AFP.

Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté lundi soir, à l'appel d'une organisation d'étudiants juifs, devant cet immeuble pour réclamer l'arrestation de Laszlo Csatary.

Avant de revenir à Budapest, celui qui avait été condamné à mort par contumace en 1948 en Tchécoslovaquie, s'était réfugié au Canada, à Montréal et Toronto, où, sous une fausse identité, il était marchand d'art. En 1995, les autorités canadiennes avaient découvert sa véritable identité et il s'était alors enfui en Hongrie. Avant sa fuite, il avait reconnu devant des enquêteurs canadiens sa participation à la déportation de juifs, tout en affirmant que son rôle avait été "limité".

En avril, le Centre Simon-Wiesenthal, du nom du célèbre chasseur de nazis, juif autrichien décédé en 2005, et dont les enquêtes dans le monde entier ont permis de retrouver des dizaines de criminels nazis, avait placé Laszlo Csatary en tête de sa liste des criminels de guerre nazis les plus recherchés au monde.

Alimentés en information par ce Centre, des reporters du quotidien britannique The Sun ont retrouvé la trace de l'ancien chef de police et, selon l'article publié dimanche 15 juillet sur le site en ligne du Sun, le criminel de guerre nazi a déclaré aux reporters: "Je n'ai rien fait, partez d'ici", avant de leur claquer la porte au nez.

Depuis, Laszlo Csatary ne répond plus aux coups de sonnette.

"La vieillesse" ne peut protéger "les auteurs de l'Holocauste"

Le Parquet de Budapest a indiqué lundi qu'il avait ouvert une enquête en septembre dernier sur la base des informations du Centre Simon-Wiesenhal, sans toutefois citer dans son communiqué le nom de Laszlo Csatary.

La justice est confrontée à divers "problèmes" dans l'enquête, a expliqué le Parquet, à cause de l'éloignement temporel et géographique des faits ainsi que de la localisation à l'étranger des témoins survivants.

"Cet homme est en bonne santé et il conduit lui-même sa voiture", a déclaré de son côté Efraïm Zuroff, directeur du Centre Simon-Wiesenthal à Jérusalem et auteur du livre "Chasseur de nazis", joint le même jour au téléphone par l'AFP.

Sur la justice hongroise, il s'est montré critique: "Rien ne s'est passé et je suis très frustré. A l'âge de Csatary, la santé peut se dégrader d'un jour à l'autre. Il faut agir rapidement". "Le temps qui passe ne diminue en rien sa culpabilité et la vieillesse ne doit pas constituer une protection pour les auteurs de l'Holocauste".

S'il est considéré comme le criminel nazi "le plus recherché", c'est parce qu'il n'en reste aujourd'hui que peu en fuite", "tous âgés de plus de 90 ans", a indiqué Serge Klarsfeld, président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France. "Je ne suis pas sûr qu'il y aura des suites judiciaires avec ce gouvernement conservateur" du Premier ministre Viktor Orban, a-t-il ajouté.

Budapest a réagi aux critiques lundi après-midi: "Le gouvernement hongrois a toujours soutenu la recherche exhaustive des crimes passés et la poursuite des auteurs. Ainsi, il appelle à rechercher la vérité et à punir les coupables", a déclaré le gouvernement dans un communiqué.

Viktor Orban fait l'objet de vives critiques en raison d'un regain d'incidents anti-sémites en Hongrie au cours des derniers mois et d'un laxisme sur ce sujet de nombre de ses proches, dont le président du Parlement, Laszlo Kover. Cela avait amené le Prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel, un survivant de l'Holocauste, à rendre le 19 juin une décoration hongroise qui lui avait été décernée.