Martin Schulz: «En Europe, chaque succès est revendiqué par les gouvernements et chaque échec devient celui de l'UE»

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Publié le 12 juillet 2012.

POLITIQUE - Sarkozy, Hollande, la Grèce… Le président du Parlement européen a répondu à toutes les questions de «20 Minutes»...

En visite officielle en France et à quelques heures de rencontrer Jean-Marc Ayrault, le président du Parlement européen, Martin Schulz a reçu 20 Minutes. Crise économique, couple franco-allemand fragile, le socialiste allemand, à la tête du Parlement européen, plaide pour une intégration renforcée.

Comment l’Europe peut-elle se sortir de ce marasme économique?

Il ne faut pas répéter les fautes de ces dernières années. L’idéologie de la rigueur budgétaire, forcément créatrice de croissance, est visiblement fausse. Nous avons  besoin d’une combinaison entre discipline budgétaire, investissements dans la croissance et outils de lutte contre le chômage. J’insiste sur ce dernier élément car il participe à la stabilisation de la démocratie dans la zone. A Madrid, j’ai rencontré des diplômés de troisième cycle. Ils étaient tous au chômage. J’ai rencontré une femme architecte et psychologue de 27 ans qui s’apprêtait à  émigrer en Amérique latine. C’est la réalité de l’Europe d’aujourd’hui. Nos jeunes ne doivent pas perdre confiance en l’idée européenne mais nous ne devons pas non plus leur léguer une dette que nos parents ne nous ont pas laissée.

La crise rend-elle nécessaire une intégration européenne approfondie?

La dette souveraine des Etats-Unis est plus élevée que la nôtre et pourtant les investisseurs s’y précipitent. Pourquoi? Ils ont  une monnaie, une banque centrale et un seul  gouvernement. Dans la zone euro, nous avons une monnaie unique, un marché et 17 gouvernements. Comment attirer les investisseurs si, au lendemain d’un Conseil, la moitié des gouvernements tombent dans un sommeil comateux et que l’autre n’a rien compris. Oui, la crise rend nécessaire une plus grande intégration.

Pourtant, toutes les dernières élections dans les pays membres ont abouti à une montée du vote anti-européen?

Parce que les déclarations des dirigeants nationaux confortent ce sentiment eurosceptique. Chaque succès en Europe est revendiqué par les gouvernements et chaque échec devient celui de l’Union européenne. Par exemple, le gouvernement des Pays-Bas a été le plus exigeant et sauvage vis-à-vis de la Grèce: “Pourquoi payer pour ces Méditerranéens?” disaient-ils. Aujourd’hui, les Néerlandais sont à 8% de déficit et les institutions européennes sont obligées d’appliquer des mesures contre les Pays-Bas, comme la Grèce en subit. Du coup, ce gouvernement explique à son peuple que c’est un diktat de Bruxelles. Quel scandale! En France, M. Sarkozy a longtemps répété que lui et Merkel décidaient en Europe. Et pendant sa campagne, tout est devenu de la faute de l’Union européenne. Non, c’est trop facile. Mais je suis prêt à accepter la critique du manque de transparence de nos institutions.

Comment faire évoluer les institutions européennes?

Il faut faire une répartition plus claire des compétences entre les autorités régionales, nationales et transnationales. Au XXIe siècle, il y a quatre grands défis que les Etats ne peuvent pas affronter seuls: les relations commerciales mondiales, le changement climatique, les relations monétaires et les questions migratoires. Pour relever ces défis, nous avons besoin d’un gouvernement de l’Europe, d’un Parlement. Dans le même temps, les institutions européennes doivent retransférer certaines compétences qui n’ont rien à faire à Bruxelles. Pourquoi l’UE se mêle de la structure des filets des pêcheurs dans le Finistère?

Quel regard portez-vous sur le nouveau couple franco-allemand?

Les intérêts de l’Allemagne et de la France sont liés économiquement et socialement. Et cela dépasse les relations personnelles. Lors du dernier Conseil européen, j’ai remarqué la volonté de Merkel et de Hollande d’aller au-delà des cicatrices qu’il y a pu avoir lors de la campagne française. Aucun des deux n'est orgueilleux.

Comment jugez-vous les premiers pas de François Hollande sur la scène européenne?

Excellent. C’est un homme clair dans ce qu’il veut et en même temps capable de faire des compromis. Il pense à l’intérêt de son propre pays tout en permettant aux autres de sortir la tête haute.

Propos recueillis par Matthieu Goar et Maud Pierron
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