Dans un bidonville d'Haïti, le sport comme antidote à l'exclusion

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Publié le 10 juillet 2012.

Cité-soleil, vaste bidonville de Port-au-Prince, est l'endroit le plus dangereux de Haïti. C'est dans ce quartier miséreux qu'un fils de famille a choisi d'ériger un stade de football et un centre sportif "pour combattre l'injustice".

Rien ne prédestinait Robert Duval, rejeton d'une famille d'industriels, à se retrouver dans cet endroit où plus de 300.000 Haïtiens vivent dans des conditions inhumaines, lui qui a fait des études dans des universités nord-américaines.

"Je suis venu à Cité-soleil parce que je cherchais un engagement social conforme à ma vision de la vie. Je me suis dit que j'allais monter un centre de développement de talents sportifs", dit-il.

Après avoir fait de la prison sous les Duvalier, Robert Duval, mieux connu sous son surnom de "Bobby", a voulu donner une nouvelle direction à sa vie. Depuis près de 20 ans, il est à la tête d'un centre sportif, l'Athlétique d'Haïti, planté au coeur du bidonville sur une ancienne décharge.

En venant dans ce quartier ostracisé, cet ancien sportif a voulu se "rapprocher des exclus", explique-t-il.

Après avoir donné des leçons de football à un petit groupe de jeunes déshérités, il s'est retrouvé avec plusieurs centaines d'enfants. Le projet a grandi et fournit désormais le gros des footballeurs des clubs professionnels et de la sélection nationale.

"J'ai formé des dizaines et des dizaines de jeunes footballeurs haïtiens et je les ai emmenés dans des compétitions en Europe et aux Etats-Unis", raconte-t-il, montrant les trophées qu'il a rapportés de tournois disputés en Norvège, aux Etats-Unis et récemment de France, la Coupe des sans-abri.

5 millions nécessaires

Son engagement a valu à Bobby une reconnaissance internationale. La chaîne de télévision américaine CNN en a fait un de ses "héros" en 2007.

"Je suis reconnu à l'étranger pour mon travail, mais pas forcément en Haïti. Il y a encore des irréductibles qui pensent que je ne devrais pas venir ici. Ils pensent que ma place n'est pas là", dit Robert Duval. "Mais c'est un choix", répète-t-il.

Pour son choix, il est respecté et adulé à Cité-soleil, où il donne de l'espoir à des jeunes en T-shirt rouge en train de jouer sous un chaud soleil.

"Je suis un milieu, je rêve de jouer dans des clubs en Europe", dit Ariel Charles, 14 ans, surnommé Zannetti.

"Mon rêve c'est de jouer comme Suarez, comme Messi", renchérissent deux autres garçons qui reviennent de l'entraînement pour prendre place au réfectoire où un plat de riz leur est servi.

"Ils viennent de loin pour s'entraîner. Ils jouent au foot, mais aussi au basket, font du karaté ou de la boxe", dit Robert Duval. "Ils reçoivent aussi à manger et il y a une école classique. C'est important", ajoute-t-il.

Aujourd'hui, Bobby nourrit le projet de construire un grand stade de 15.000 places à Cité-soleil.

"C'est un grand projet pour ce quartier détesté comme une plaie et que certains avaient souhaité raser", dit l'ancien militant.

Avec l'aide de la Banque interaméricaine de développement, de la Clinton Global Initiative et d'autres mécènes, Robert Duval compte récolter les 5 millions de dollars nécessaires.

"Le projet avance, le terrain est là, il m'a été offert par un Haïtien. Nous allons ériger un beau stade qui sera baptisé Phoenix": les fondations sont faites avec les débris des destructions provoquées par le séisme de janvier 2010 qui a ravagé Port-au-Prince, explique-t-il.

Ses plans ne s'arrêtent pas là: "Avant de mourir, je rêve de monter des académies sportives dans tout le pays pour former des athlètes".

© 2012 AFP
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