Les produits du marché de Malakal sont acheminés par bateau sur le Nil depuis Juba, car aucune denrée ne passe la frontière depuis le début de l'année.
Les produits du marché de Malakal sont acheminés par bateau sur le Nil depuis Juba, car aucune denrée ne passe la frontière depuis le début de l'année. - V. WARTNER / 20 MINUTES

Derrière ses larges lunettes de soleil, Adiga attend les clients. Mais sur le marché de Konyo-Konyo, le plus grand de Juba, la capitale sud-soudanaise, ils ne sont pas nombreux. La faute à une inflation exponentielle : plus de 100 % depuis le début de l'année. « Il y a quelques mois, j'achetais 600 livres soudanaises [un peu moins de 100 €] le lot de 100 jeans. Désormais, ils valent 1 600 [environ 260 €] ! », se désole Adiga. Au Sud-Soudan, pays ravagé par des années de guerre civile, sans industrie et sans agriculture autre que de subsistance, tous les biens, alimentaires comme manufacturés, sont importés. Autant dire que les frais de transport, dans un pays qui ne compte qu'une seule route bitumée entre Juba et la frontière ougandaise, pèsent sur les prix.

Plus de pétrole depuis janvier
Mais ce qui les a fait bondir, c'est l'arrêt en janvier de la production pétrolière. Le pétrole représente pourtant entre 90 et 98 % des ressources du pays. Mais l'unique pipeline traverse le Soudan, avec lequel le Sud-Soudan est en conflit semi-ouvert. Et Khartoum demandait 34 dollars de droit de passage par baril. Une somme exorbitante qui a précipité l'arrêt de la production de brut. Depuis, chaque Soudan mise sur l'asphyxie économique de son adversaire. « Le pari selon lequel Khartoum allait céder était mal calculé », note une source diplomatique française. En attendant, les dollars n'arrivent plus dans le pays et la livre soudanaise se retrouve dévaluée. A Juba, le gouvernement a bloqué les prix de l'essence à 6 livres du litre à coups de subventions. Mais le système n'est pas tenable longtemps alors que les caisses de l'Etat, au contenu opaque, se vident à vitesse grand V sur fond de dépenses militaires énormes. A Malakal, au nord du pays, la situation est encore pire que dans la capitale. Jusqu'alors, les aliments arrivaient par la route du Soudan. Mais depuis le début de l'année, plus aucun produit ne passe la frontière. Tout est acheminé par bateau sur le Nil depuis Juba, les pistes étant impraticables. Ce qui accentue encore la pression sur les prix du riz, du sorgo ou du mil. « On ne peut pas tout avoir, tempère Galuak, un fonctionnaire de 38 ans. Au moins, nous sommes libres. »Alexandre SULZER