Soudan du Sud: Le coût élevé de la liberté

6 contributions
Publié le 10 juillet 2012.

MONDE - Un an après l'indépendance, les prix s'envolent...

De notre envoyé spécial au Soudan du Sud

Derrière ses larges lunettes de soleil, Adiga attend les clients. Mais sur le marché de Konyo-Konyo, le plus grand de Juba, la capitale sud-soudanaise, ils ne sont pas nombreux. La faute à une inflation exponentielle: plus de 100%  depuis le début de l’année. «Il y a quelques mois, j’achetais 600 livres soudanaises [un peu moins de 100 euros] le lot de 100 jeans. Désormais, ils valent 1.600 [environ 260 euros]!», se désole Adiga.

Au Sud-Soudan, pays ravagé par des  années de guerre civile, sans industrie et sans agriculture autre que de subsistance, tous les biens, alimentaires comme manufacturés, sont importés. Autant dire que les frais de transport, dans un pays qui ne compte qu’une seule route  bitumée entre Juba et la frontière ougandaise, pèsent sur les prix.

Plus de pétrole depuis janvier

Mais ce qui les a fait bondir, c’est l’arrêt en janvier de la production pétrolière. Le pétrole représente pourtant entre 90 et 98% des ressources du pays. Mais l’unique pipeline traverse le Soudan, avec lequel le Sud-Soudan est en conflit semi-ouvert. Et Khartoum demandait 34 dollars de droit de passage par baril. Une somme exorbitante qui a précipité l’arrêt de la production de brut. Depuis, chaque Soudan mise sur l’asphyxie économique de son adversaire. «Le pari selon lequel Khartoum allait céder était mal calculé», note une source diplomatique française. En attendant, les dollars n’arrivent plus dans le pays et la livre  soudanaise se retrouve dévaluée.

A Juba, le gouvernement a bloqué les prix de l’essence à 6 livres du litre à coups de subventions. Mais le système  n’est pas tenable longtemps alors que les caisses de l’Etat, au contenu opaque, se vident à vitesse grand V sur fond de dépenses militaires énormes. A Malakal, au nord du pays, la situation est encore pire que dans la capitale. Jusqu’alors, les aliments arrivaient par la route du Soudan. Mais depuis le début de l’année, plus  aucun produit ne passe la frontière. Tout est acheminé par bateau sur le Nil depuis Juba, les pistes étant impraticables. Ce qui accentue encore la pression sur les prix du riz, du sorgo ou du mil. «On ne peut pas tout avoir, tempère Galuak,  un fonctionnaire de 38 ans. Au moins, nous sommes libres.»

Alexandre Sulzer

Un pays qui part de zéro et qui n'a pas décollé

«Il ne faut pas forcément s’attendre à des miracles avec un pays qui part de zéro.» Ce propos de Benoît Lefrancq, premier secrétaire de l’ambassade de France à Juba, en dit long sur les espoirs déçus de l’indépendance. Focalisé sur son  conflit territorial persistant avec le Nord – la zone frontalière regorge de pétrole – et miné par les rivalités tribales, le Sud-Soudan n’a pas pris le temps de se développer. Dans la capitale, quelques constructions en dur ont beau s’élever, le  réseau électrique ne fournit péniblement de l’énergie que quelques heures par semaine. Quant aux habitants, ils doivent aller acheter de l’eau traitée, puisée directement dans le Nil, à des vendeurs de rue.

Pourtant, le potentiel du pays  existe. Le Sud possède des terres fertiles et le courant du Nil permettrait de produire facilement de l’électricité. Mais toucher au fleuve est un sujet politique sensible pour les pays en aval, comme l’Egypte ou l’ennemi de toujours, le Soudan. «Dans le centre, l’exploration de pétrole est à venir, mais les textes réglementaires qui la rendrait possible n’existent pas encore», explique Benoît Lefrancq. Selon lui, l’urgence est de construire des routes. 80% des «bomas», l’échelon  administratif le plus réduit, n’ont accès à aucune structure éducative ou sanitaire. Et seul 6% des enfants vont au collège.

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr