Sud-Soudan: A Yida, au coeur du marasme

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Publié le 9 juillet 2012.

SUD-SOUDAN - Le pays fête une année d'existence, alors que la crise humanitaire menace...

De notre envoyé spécial à Yida (Sud-Soudan)

L’air grave, l’infirmière sort de la tente qui fait office d’hôpital à Médecins sans frontières (MSF). La couverture grise qu’elle tient à bout de bras laisse à peine deviner la forme du corps sans vie d’une petite fille. Un enfant de plus que la terre sableuse de Yida va ensevelir. Une victime de la faim ou de la guerre. Ici, difficile de bien faire la distinction tant les fléaux sont liés.

Les paysans des monts Nuba, qui fuient les combats du Kordofan-Sud, une province sécessionniste du Soudan, arrivent épuisés dans le plus grand camp de réfugiés – 60.000 personnes – de la jeune nation sud-soudanaise. La frontière, contestée, n’a beau être qu’à une dizaine de kilomètres, il leur faut plusieurs jours de marche pour  quitter leur village. Parfois sans manger. «La mortalité grimpe en même temps que le camp s’agrandit», glisse Johan Sommansson, coordinateur de MSF sur place. «On est désormais obligé de refuser à l’hôpital tous les cas qui n’impliquent pas le pronostic vital.»

Parmi eux, une écrasante majorité d’enfants, les plus exposés à la malnutrition. Le taux de mortalité infantile à l’hôpital est de «plus de 10%» sur les deux dernières semaines. En cause, les conditions d’hygiène qui provoquent des diarrhées. «La diarrhée favorise la malnutrition et la malnutrition favorise la diarrhée, c’est un cercle vicieux», explique un médecin. Fonte musculaire ou oedèmes généralisés fragilisent ensuite les corps et les rendent vulnérables aux  infections. Voire aux chocs septiques. C’est ce qu’a subi la petite V., 2 ans et demi. Alimentée par sonde naso-gastrique, elle est trop faible pour avaler. Mais n’est plus dans le coma. Si son état reste critique, elle ne semble plus en danger. Une diarrhée infectieuse contractée sept jours auparavant l’avait pourtant plongée rapidement dans un  «état pre-mortem», selon un médecin  de MSF. Halim, sa mère, n’a pas immédiatement mesuré la portée du danger.

Education à l’hygiène

«Les parents attendent trop longtemps avant de venir, regrette Johan Sommansson. L’une des priorités est de leur apprendre à identifier les symptômes.» L’autre est de leur apprendre les règles d’hygiène. Car même si les cinq pompes à eau, installées par MSF, apportent de l’eau chloré, les bactéries se développent dans les jerricanes. Et le nombre réduit de latrines - 350 à 400 – pousse les réfugiés à ne pas les utiliser. L’association évangéliste Samaritan Purse donne ainsi aux 300 à 400 nouveaux arrivants quotidiens des cours d’hygiène.

Juste avant, chacun a reçu une portion de sel, de lentilles et  de sorgo. Mais pas de semences. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ne voit pas d’un bon oeil  l’installation définitive des réfugiés à Yida. Trop près des combats. Trop près de la route d’approvisionnement du SPLA-N. «Les groupes rebelles n’ont jamais attaqué le camp, mais il y a une forte possibilité qu’ils le fassent», s’alarme Ravi Velusamy, le chef de bureau du HCR.

En novembre, l’aviation soudanaise a bombardé le camp. Autre argument mis en avant pour déplacer le camp: son total isolement à la saison des  pluies quand les routes deviennent impraticables. Seule la voie aérienne permet au Programme alimentaire mondial d’acheminer, à coûts démultipliés, les vivres. «Yida est une île isolée», conclut Ravi Velusamy. Un îlot aux confins du Nord et du Sud, au début de la faim.

Alexandre Sulzer

C’est ce lundi que le Sud-Soudan fête le premier anniversaire de son existence. La nation la plus jeune du monde a vu le jour après la plus longue guerre civile de l’histoire africaine (1956-1972, 1983-2005) entre le Nord- Soudan,  musulman et arabe, et le Sud-Soudan, noir, chrétien et animiste. Mais deux unités de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), fer de lance du nationalisme sudiste, se battent toujours dans les provinces du Kordofan-Sud et du Nil  Bleu, rattachés au nord dans l’accord de paix.

Les combats entre cette branche nord du SPLA, appelée SPLA-N, et l’armée soudanaise, ont provoqué un exode massif de population dans des conditions sanitaires précaires. Au total, 170.000 Soudanais se sont réfugiés au Sud-Soudan: 60.000 venus du Kordofan-Sud sont à Yida, 110.000 venus du Nil Bleu se sont abrités dans l’Etat du Haut-Nil, selon le décompte du HCR. Dans ce dernier Etat, la situation est  particulièrement dramatique dans le camp de Jamam (34.000 réfugiés) où l’eau potable vient à manquer de façon drastique. La saison des pluies rend une évacuation des réfugiés impossible. Et fait craindre une épidémie de choléra. Une  perspective que craignent également les humanitaires à Yida. Toute la zone frontalière est enfin rendue dangereuse par des groupes rebelles que le Sud accuse Khartoum de manipuler.

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