Mexique: la gauche va contester légalement l'élection de Peña Nieto

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Publié le 5 juillet 2012.

MEXICO - La gauche mexicaine remet en cause crescendo la légitimité de l'élection d'Enrique Peña Nieto à la présidence de la République en dénonçant désormais des achats de votes massifs et s'apprête à la contester sur le terrain légal après la fin du décompte officiel samedi.

L'Institut fédéral électoral (IFE) a annoncé mercredi qu'il allait recompter jeudi plus de la moitié des votes de l'élection présidentielle, soit les bulletins de 78.012 urnes, 54,5% du total des 143.144 urnes consacrées à l'élection présidentielle dans tout le pays.

Avant le début du recomptage officiel, le résultat provisoire du vote présidentiel donnait un total de 38,15% des suffrages exprimés à M. Peña Nieto, candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), contre 31,64% à Andres Manuel Lopez Obrador, le candidat de la coalition de gauche. L'élection mexicaine se joue au scrutin majoritaire à un tour.

Le candidat de la gauche avait dénoncé mardi ce résultat comme "frauduleux" et demandé le recomptage de tous les bulletins de vote.

Mercredi, son coordinateur de campagne, Ricardo Monreal a fait monter les enchères en traitant M. Peña Nieto "d'imposteur" et a parlé de la distribution par le PRI de "millions" de bons d'achat dans une chaîne de supermarchés pour se garantir des votes favorables dans tout le Mexique.

"Il n'y a pas de président élu, il n'y a pas de candidat élu et celui qui se donne ce titre est un imposteur", a-t-il dit.

"Il faut examiner ce qui se passe dans les magasins Soriana (la chaîne de supermarchés) où se sont produits hier et avant-hier des achats de panique, avec des milliers, des millions de personnes de personnes qui venaient réclamer leur dû", a-t-il dit sur la radio MVS.

"Cartes de fidélité" De nombreux témoignages à la télévisions et sur les réseaux sociaux font état de ces achats de vote, la plupart du temps organisés par le PRI.

Soriana a publié mercredi dans les journaux une communiqué pleine page pour démentir: "Les cartes qu'ont montrées plusieurs médias sont des cartes de fidélité", selon le groupe, et "à aucun moment n'y a été déposé de l'argent".

Par la voix de son porte-parole, Eduardo Sanchez, le PRI a également démenti ces accusations, affirmant que "la campagne de Enrique Peña Nieto et le PRI n'ont rien à voir avec ces cartes".

Selon Jose Antonio Crespo, chercheur du Centre d'investigation et d'enseignement économique (CIDE), c'est cette affaire que la gauche va utiliser pour tenter d'obtenir une improbable annulation de l'élection présidentielle.

Selon lui, le recomptage des voix n'est pas un problème. Ce fut un problème en 2006, année où l'écart entre M. Lopez Obrador et Felipe Calderon, le président sortant, était de 0,56% seulement.

Mais aujourd'hui qu'une réforme électorale intervenue en 2007 le permet, le recomptage bulletin par bulletin "ne changera rien parce que la moyenne arithmétique des incohérences (dans les décomptes) est de 1,5% au maximum", a-t-il relevé. Or, on est face en 2012 à un écart de 6%, plus de 3 millions de voix.

Les reproches adressés au PRI par ailleurs concernant des budgets de campagne supérieurs à ce qui est prévu ne peuvent pas non plus être l'objet d'une annulation, mais seulement d'amendes.

"L'achat de vote est une cause de nullité, mais à certaines conditions", a expliqué le spécialiste à l'AFP.

Selon M. Crespo, il faut selon la loi "démonter que dans 25% des bureaux de vote il y a un achat de vote aboutissant à changer la différence entre le premier et le le deuxième. Ca va être compliqué".

Ce qui est probable, c'est la prolongation des contestations pendant deux mois, jusqu'à la proclamation officielle des résultats le 6 septembre prochain par le Tribunal fédéral électoral (Trife).

D'ores et déjà, M. Monreal a prévenu que la gauche avait l'intention de récuser le président de cette instance, Alejandro Luna Ramos, lui reprochant d'être parmi les magistrats "qui ont avalisé la fraude" en 2006.

© 2012 AFP
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