Le président égyptien, Mohamed Morsi, le 13 juin 2012.
Le président égyptien, Mohamed Morsi, le 13 juin 2012. - LEVINE/SIPA

Reuters

Le président égyptien élu, l'islamiste Mohamed Morsi, a prêté serment de façon symbolique ce vendredi devant des milliers de partisans massés vendredi sur la place Tahrir du Caire, haut lieu de la contestation depuis 2011, dans un geste fort face aux militaires qui cherchent à limiter ses pouvoirs. «Il n'y a pas de pouvoir au-dessus du pouvoir du peuple», a déclaré le premier civil à présider l'Egypte depuis 1952 sous les vivats de la foule à la veille de son investiture officielle.
Le premier chef de l'Etat issu de la confrérie des Frères musulmans avait auparavant assisté à la prière du vendredi à la mosquée Al Azhar. Mohamed Morsi doit officiellement prêter serment devant la Haute cour constitutionnelle au Caire samedi à 11h00.

«Morsi est le président de la République», «le pouvoir au président»: les slogans lus et entendus sur la célèbre place du centre du Caire avant l'arrivée du président élu soulignaient déjà la lutte pour le pouvoir que se livrent islamistes et militaires. «La révolution totale ou rien. A bas le régime militaire !», scandaient les manifestants.

Tensions avec l'armée

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l'Egypte depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011, a organisé des élections législatives puis la présidentielle mais a dans le même temps laisser dissoudre le Parlement et pris un décret limitant les prérogatives du président au moment du second tour de la présidentielle, les 16 et 17 juin.

Les Frères musulmans souhaitaient que Mohamed Morsi soit investi dans ses fonctions devant le parlement, conformément à ce qui était jusqu'à présent l'usage, mais la même Haute cour constitutionnelle, soutenue par l'armée, a dissous la chambre basse, qui était dominée par les islamistes, le 14 juin, deux jours avant le second tour de la présidentielle. «Acceptons-nous que le Parlement soit dissous ?» criaient à la foule place Tahrir les animateurs du Parti Liberté et Justice (PLJ) des Frères musulmans. «Non !», répondaient leurs partisans.

Cérémonie d'investiture qui pourrait être reportée

«Je suis ici pour dire au conseil militaire que nous, le peuple, avons élu le parlement. Aussi, c'est seulement nous, le peuple, qui pouvons le dissoudre», explique Intissar al Sakka, professeur et membre du PLJ. Comme beaucoup de femmes sur la place Tahrir, elle porte le «khemar», le voile jusqu'à la taille qu'affectionne aussi l'épouse de Mohamed Morsi. Le CSFA a promis de rétrocéder le pouvoir le 1er juillet. Toutefois, l'armée a donné à comprendre qu'elle comptait continuer à tenir les véritables leviers du pouvoir et, selon certaines sources militaires, la cérémonie d'investiture pourrait même être reportée.

Le maréchal Hussein Tantaoui, âgé de 76 ans et qui dirige le CSFA après avoir été pendant vingt ans le ministre de la Défense de Hosni Moubarak, conservera ce portefeuille dans le prochain gouvernement, a dit un membre du CSFA, le général Mohamed Assad. «Le gouvernement aura un ministre de la Défense qui est le chef du Conseil suprême des forces armées», a-t-il déclaré à la chaîne privée égyptienne CBC.