L'IOR, mystérieux temple financier du Vatican s'ouvre aux journalistes

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Publié le 29 juin 2012.

CITE DU VATICAN - Le Vatican, en pleine tempête "Vatileaks", a laissé jeudi la presse internationale pénétrer dans son Institut pour les oeuvres de religion (IOR), objet de tous les fantasmes, pour tenter de la persuader qu'il n'est que le bras financier de ses oeuvres de charité.

Convaincant ou non, l'exercice, arbitré par le directeur général de l'IOR, Paolo Cipriani, aura attiré 55 journalistes, en majorité de la presse italienne, mais aussi de l'étranger, parfois venus exprès à Rome. D'autres n'ont pas été admis faute de place.

"Pas d'enregistrement audio, pas d'image", telle était la consigne.

Une opération de relations publiques dans une légère tension palpable, alors qu'à l'IOR sont associés des scandales sulfureux: faillite du "Banco Ambrosiano", recyclage de l'argent de la mafia, services secrets, loge maçonnique, etc....

Un exercice de normalité d'autant plus indispensable que l'Etat du Vatican saura début juillet s'il a passé avec succès les tests de transparence des experts du Conseil de l'Europe, et pourra intégrer la "White List" des Etats efficaces contre le recyclage de l'argent sale.

Il s'agit au fond de démonter une image à "Da Vinci Code", alors que le plus petit Etat du monde est victime d'une fuite de documents confidentiels sans précédent et que l'ancien patron de l'IOR, le médiatique Ettore Gotti Tedeschi, a été limogé brusquement fin mai.

Déjà les diplomates avaient été invités à des visites ce printemps pour s'initier à la finance vaticane.

Inexistence de codes numérotés, conditions strictes comme l'autorisation du supérieur pour l'ouverture d'un compte individuel, absence de tous rapports avec les banques off-shore, obligation de signalement des transactions suspectes à l'Autorité d'information financière (AIF) créée en 2010, révision du budget annuel par le cabinet d'audit Deloitte: telles ont été quelques unes des règles de transparence énoncées par Paolo Cipriani. "Il s'agit d'un contrôle à 360 degrés", a-t-il martelé.

A première vue, l'IOR semble une citadelle imprenable et mystérieuse: une massive tour en pierre de taille, de l'époque moyennâgeuse.

Dans une haute salle ronde et voutée, des guichets attendent les clients qui sont rares. L'aménagement est clair, sobre, élégant et confortable. Une croix et une horloge se font face aux murs.

Plus bas encore, sont les coffres. L'IOR -- 112 employés -- dispose de fonds à hauteur de 6 milliards d'euros, ce qui correspond à 33.000 comptes d'environ 25.000 entités différentes (congrégations, etc).

5% seulement de cette somme est investi dans des produits à faible rendement. "Sans but spéculatif", proclame M. Cipriani, exprimant à plusieurs reprises son "émotion" de devoir révéler dans le détail les arcanes de l'institut qu'il dirige depuis cinq ans.

77% des clients de l'IOR viennent d'Europe, et 7% du Vatican même. L'IOR est sous la supervision d'une commmission de cardinaux et n'embauche que des catholiques pratiquants.

Parmi les questions sélectionnées par le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, la plus prévisible tombe: "le pape a-t-il un compte ?": "Non".

M. Cipriani est interrogé sur la loi antirecyclage du 24 avril 2012, qui aurait atténué le rôle de l'AIF au profit de la Secrétairerie d'Etat. Il souligne sa rétroactivité, en assurant que l'AIF a le droit de demander des éclaicissements sur des opérations antérieures à 2010.

Il assure aussi que l'IOR collabore pleinement avec une enquête de la justice italienne qui tente de déterminer l'origine -- mafieuse peut-être -- de transferts à travers l'IOR.

La gestion de l'institut qui "n'est pas une banque", assure M. Ciprini, a été une des raisons de la mésentente entre lui et M. Gotti Tedeschi.

A la fin de l'exercie, il exhibe un teeshirt où est inscrit "anti-money-laundering expert" avec le dessin d'une lessiveuse barrée d'une croix noire.

© 2012 AFP
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