Mexique: à Veracruz, des élections en état de guerre

0 contributions
Publié le 27 juin 2012.

VERACRUZ - A Veracruz, principal port du Mexique, les électeurs iront aux urnes dimanche pour élire leur président dans une ville en état de guerre virtuel, où des militaires au visage masqué affrontent les narcotrafiquants en plein jour.

Lors des meetings électoraux, des tireurs d'élite sont chargé de surveiller du haut du grand phare la tribune montée sur le Malecon, la vaste promenade du bord de mer de Veracruz.

"Que celui qui gagne calme tout cela. Nous sommes fatigués de tant de tueries. Nous avons peur de sortir: j'ai été pris dans une fusillade en allant acheter l'uniforme de mon neveu et j'ai vu le vendeur tomber mort", raconte à l'AFP Elia Espinoza, une maîtresse de maison de 56 ans lors d'un meeting de Josefina Vazquez Mota, la candidate du parti gouvernemental, le Parti action nationale (PAN, conservateur).

L'Etat de Veracruz, frange de littoral de 750 km, constitue un corridor pour la drogue ou les immigrants d'Amérique centrale qui vont aux Etats-Unis, et pour les armes qui en proviennent à destination des cartels.

Vêtus de gilets pare-balle, armés de fusils R-15, de pistolets et de lance-grenades, les Marines mexicains passent au peigne fin les rues du port autrefois paisible de Veracruz, sur le Golfe du Mexique.

Des dizaines de cadavres empilés dans un camion sont apparus en septembre dernier en plein centre ville, face à un centre commercial.

"Nous nous sommes imposés à nous-même un couvre feu. A dix heures du soir, il n'y a plus âme qui vive dans les rues. En cette période critique, l'économie de Veracruz a connu une baisse d'activité de 7%, et le tourisme de 36%. Nous faisons front, mais nous ne voyons pas de fin à cette réalité", explique Luis Martin Capistran, dirigeant de l'association locale des entrepreneurs.

Des centaines de Marines sont arrivés en décembre 2011 pour remplacer 1.200 policiers, écartés pour cause d'infiltration par le crime organisé.

Des sacs de sable empilés barrent l'entrée du bâtiment qui abritait la police locale, devenu un bunker des Marines.

"J'essaie d'aider pour que tout cela revienne sous contrôle. Qui va gagner cette guerre? Nous. C'est l'espoir, c'est pour ça que nous sommes là", dit un Marine, sans révéler son nom.

- Entre deux feux -

"Personne ne vient plus acheter à cause de la fusillade. La glacière ne marche plus. Nous avions travaillé dur pour l'acquérir et aller de l'avant. Ils ont mis notre commerce par terre. Avec mes parents nous avons réussi à nous cacher, mais nous vivons dans la terreur", dit Nubia.

La fusillade s'est déroulé à l'heure de la sortie de classes, racontre la jeune femme de 27 ans. "Je ne crois pas que ça va changer, c'est pour ça que je n'irai pas voter", dit-elle.

Pour les journalistes, l'Etat de Veracruz est considéré comme l'un des lieux les plus dangereux du monde. Depuis début 2011, neuf d'entre eux ont été assassinés.

"C'est pire qu'être correspondant de guerre, parce qu'ici nous sommes menacés par les narcos, les politiciens corrompus, les autorités", résume Javier Morales, membre d'une association de défense des journalistes.

Les anciens sont nostalgiques. "Veracruz c'était super. Aujourd'hui c'est dur. Malheureusement nous nous habituons. Entendre parler de morts est devenu normal. Seulement maintenant je mets des chaussures plates. Au cas où il faut courir", dit Enriqueta Ruiz, une couturière de 58 ans.

© 2012 AFP
Newsletter
La MATINALE

Recevez chaque matin
l'actualité du jour

publicité
publicité
publicité

publicité
Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr