La découverte d'enfants peints en vert et lestés d'explosifs a suscité un vif émoi en Colombie, où les autorités accusent la guérilla des Farc de recourir à des mineurs pour commettre des attentats suicide.
La découverte d'enfants peints en vert et lestés d'explosifs a suscité un vif émoi en Colombie, où les autorités accusent la guérilla des Farc de recourir à des mineurs pour commettre des attentats suicide. - Luis Acosta afp.com

© 2012 AFP

La découverte d'enfants peints en vert et lestés d'explosifs a suscité un vif émoi en Colombie, où les autorités accusent la guérilla des Farc de recourir à des mineurs pour commettre des attentats suicide.

Une vidéo, diffusée cette semaine par la police colombienne, a mis un visage sur une réalité dénoncée depuis longtemps, celui d'une adolescente découverte, déshydratée, après un affrontement avec la rébellion marxiste dans le nord du pays.

Sur les images, tournées dans la province de Santander (nord), la jeune fille apparaît, blessée à la jambe et à moitié dévêtue, le corps recouvert d'une peinture verte, une technique utilisée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) afin de les camoufler dans la végétation.

"Elle était dans un état d'anémie grave et paraissait avoir à peine une douzaine d'années", a raconté à l'AFP le colonel Eliecer Camacho, chef de la police dans cette région où est implantée la principale guérilla de Colombie.

Le corps d'un autre adolescent, considéré comme mineur en raison de sa morphologie, a aussi été retrouvé, toujours peint en vert, après qu'il eut actionné un engin explosif lors de cette attaque qui a tué sept policiers.

A l'hôpital, la jeune fille, qui compte un cousin dans les rangs des Farc, a confié avoir été recrutée à l'âge de 14 ans, il y a près de quatre ans.

Selon son témoignage, elle aurait suivi un "entraînement inhumain de huit mois". "On les oblige à marcher des heures sans chaussure pour durcir la plante de leur pied. On les prive d'eau et de nourriture pour les rendre plus endurants", a poursuivi M. Camacho.

Selon lui, la guérilla recrute les mineurs "d'abord en essayant de les convaincre et puis ensuite elle les oblige à rester".

"L'enrôlement de mineurs n'est pas nouveau, leur participation est hélas de plus en plus élevée. Mais c'est la première fois qu'ils sont utilisés pour ce type d'action", a expliqué à l'AFP Ariel Avila, expert à la fondation Nuevo Arco Iris, spécialiste du conflit colombien.

Changement opérationnel ou cas isolés ?

Les guérilleros peints en vert, marchant souvent pied nus et équipés d'explosifs ou d'arme blanche pour ne pas attirer l'attention, ont un surnom en Colombie: les commandos "pisa huevos" (ceux qui marchent sur des oeufs).

"Il est encore trop tôt pour savoir s'il y a un changement opérationnel chez les Farc avec l'utilisation de mineurs dans ces commandos ou si ces cas sont isolés", poursuit M. Avila.

Fondées en 1964, les Farc comptent encore 9.200 combattants, repliés dans les régions rurales à la suite d'une série de revers militaires qui ont divisé ses troupes de moitié en dix ans.

Le groupe rebelle s'oppose sur les modalités d'un dialogue avec le gouvernement qui exige notamment en préalable la fin du recrutement de mineurs, ainsi que l'arrêt des violences et la libération des personnes séquestrées.

Au total, près de 3.000 mineurs ont été comptabilisés entre 2002 et 2011 dans le cadre du processus de démobilisation des groupes armés. Mais le nombre d'enfants enrôlés dans leurs rangs pourrait atteindre 10.000, selon un rapport de l'ONU remontant à 2009.

Après l'épisode de la province de Santander, les autorités colombiennes ont annoncé leur intention de déposer plainte devant les organisations humanitaires internationales.

L'institut colombien du bien-être familial (ICBF), qui gère les services de l'enfance, s'est aussi élevé contre l'"utilisation d'enfants pour des missions suicide". Quelque 4.924 enfants ont été pris en charge depuis 1999 par un programme de cette institution destiné à les éloigner du conflit.

"Une fois de plus, nous exigeons que les enfants et adolescents restent en dehors du conflit", a souligné son directeur général Diego Molano, déplorant que ces derniers soient encore "forcés à utiliser des armes" ou "à surveiller des otages".