Les coptes craignent que les tensions entre chrétiens et musulmans ne remontent après la victoire de Mohammed Morsi à la présidentielle, dimanche (ici, l'église Saint-Jean, au Caire).
Les coptes craignent que les tensions entre chrétiens et musulmans ne remontent après la victoire de Mohammed Morsi à la présidentielle, dimanche (ici, l'église Saint-Jean, au Caire). - V. WARTNER / 20 MINUTES

Nina Hubinet

«Aujourd'hui, je suis le président de tous les Egyptiens, (…), qu'ils soient chrétiens ou musulmans, hommes ou femmes, jeunes ou vieux.» Le premier discours de Mohammed Morsi, dimanche soir, visait clairement à rassurer tous ceux qui n'ont pas voté pour lui. Et même si le nouveau président a peu de pouvoir, puisque l'armée l'a privé d'une partie de ses prérogatives il y a une semaine, beaucoup voient l'élection de Morsi d'un très mauvais œil.

Le double discours des Frères musulmans

Parmi eux, les coptes (chrétiens d'Egypte) sont peut-être les plus inquiets. «J'ai peur que les islamistes nous créent des problèmes», témoigne Amira, une jeune mère de famille qui habite le quartier d'Abdeen, dans le centre du Caire. Comme une grande majorité de chrétiens, elle a voté pour le candidat de l'ancien régime. Mina Thabet, membre de l'Union des jeunes de Maspero, une organisation de jeunes coptes pro-révolution, craint une montée des tensions. «Les Frères musulmans vont peut-être vouloir se venger des coptes, parce qu'ils ont voté pour Chafiq. Je m'attends à des violences interreligieuses en Haute-Egypte ou dans le Delta dans les mois qui viennent, affirme-t-il. Il est possible aussi qu'ils tentent d'instaurer la jeziya, l'impôt que les chrétiens doivent payer, selon la charia.»

Dans les deux cas, aucune déclaration des islamistes ne permet de confirmer ses propos. Il faut dire que les Frères musulmans sont des champions du double discours. Tout en affirmant que tous les Egyptiens sont égaux devant la loi, Mohammed Morsi a répété dans ses meetings son attachement à la charia...

Les chrétiens ne sont pas les seuls à s'inquiéter. La plupart des jeunes activistes qui ont été le fer de lance du soulèvement de janvier 2011 se réjouissent de la mise à l'écart d'Ahmed Chafiq, symbole du retour à l'ancien régime. Mais ils se sentent aussi dépossédés de «leur» révolution: un président Frère musulman, ce n'est pas vraiment ce dont ils rêvaient à la chute de Moubarak. «Morsi va être obligé de tenir compte des mouvements révolutionnaires, parce qu'ils lui ont permis d'être élu», souligne pourtant Mohamed Salah, du mouvement Justice et Liberté.