Après deux semaines d'accalmie, au moins dix à vingt mille étudiants et citoyens de tous bords sont descendus vendredi dans les rues de Montréal et de Québec pour protester contre la hausse des droits de scolarité dans la province francophone.
Après deux semaines d'accalmie, au moins dix à vingt mille étudiants et citoyens de tous bords sont descendus vendredi dans les rues de Montréal et de Québec pour protester contre la hausse des droits de scolarité dans la province francophone. - Rogerio Barbosa afp.com

© 2012 AFP

Après deux semaines d'accalmie, au moins dix à vingt mille étudiants et citoyens de tous bords sont descendus vendredi dans les rues de Montréal et de Québec pour protester contre la hausse des droits de scolarité dans la province francophone.

A Montréal, la manifestation a attiré 10.000 à 15.000 personnes, selon des estimations de l'AFP, tandis qu'une porte-parole d'un syndicat étudiant parlait de 100.000. Environ 5.000 manifestants étaient réunis à Québec, la capitale de la province.

A Montréal, par une température de 30 degrés, la foule était composée majoritairement de jeunes, mais aussi de familles et de retraités qui défilaient dans une ambiance bon enfant au son des casseroles, des tambourins, des sifflets et des vuvuzelas.

A deux jours de la Saint-Jean-Baptiste, "Fête nationale des Québécois", une multitude de drapeaux fleurdelisés flottait au-dessus de la foule.

Sur une pancarte, un étudiant s'interrogeait : "131 jours de mépris, Charest, où as-tu mis ton coeur?" Son affiche interpellait le Premier ministre libéral Jean Charest, alors que le conflit, qui polarise fortement le Québec, est entré dans son cinquième mois.

La mobilisation de vendredi -- alors que bon nombre d'étudiants sont retournés dans leur famille ou ont trouvé un travail saisonnier -- avait valeur de test pour la suite du mouvement, qui semblait s'essouffler dans les derniers jours.

Trois précédentes manifestations -- les 22 mars, avril et mai -- avaient mobilisé au moins 100.000 personnes chacune dans les rues de Montréal.

Pas d'issue prévisible au conflit

"Ceux qui comptent sur un essoufflement vont se tromper. Ils ont compté sur la division du mouvement pendant des mois et ils ont entraîné le Québec dans un cul-de-sac", renchérissait Amir Khadir, député de Québec Solidaire (gauche) à l'Assemblée nationale du Québec, présent à Montréal.

Les étudiants protestent contre la hausse des frais de scolarité et la loi 78, dite "loi spéciale", qui a suspendu les cours dans les établissements en grève jusqu'à leur reprise à la mi-août, en plus de limiter le droit de manifester.

Les étudiants veulent faire reculer le gouvernement sur une hausse prévue des frais de scolarité de 1.778 dollars (82%) sur sept ans, ce qui les rapprocherait de la moyenne canadienne. Une majorité de la population -- 56% selon un récent sondage -- est toutefois d'accord avec le gouvernement.

Après trois rondes de pourparlers, le gouvernement a quitté la table de négociations le 31 mai et rien ne présage d'une issue rapide au conflit.

Réagissant à ces nouvelles manifestations, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a accusé le syndicat étudiant le plus militant, la Classe, de manipuler les trois autres. "La Classe n'a toujours qu'un seul mandat (...), c'est le gel des frais de scolarité en route vers la gratuité et le jour où la Classe aura une ouverture pour que les étudiants participent davantage au financement des universités, ce jour-là, ça vaudra la peine de se rasseoir. Entre-temps, c'est une illusion".

Encouragé par les sondages, le gouvernement envisagerait de déclencher des élections anticipées à l'automne pour trancher.