Roumanie: l'ex-Premier ministre opéré après sa tentative de suicide

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Publié le 21 juin 2012.

BUCAREST - L'ex-Premier ministre roumain Adrian Nastase a été opéré avec succès jeudi après une tentative de suicide consécutive à sa condamnation à deux ans de prison pour corruption, un verdict considéré comme une avancée majeure dans la lutte contre l'impunité des puissants en Roumanie.

"L'opération est terminée, le patient a été chanceux, il n'a subi aucune lésion mettant sa vie en danger", a déclaré l'un des chirurgiens, Ioan Lascar.

"C'était une intervention simple," a ajouté un deuxième chirurgien, Stefan Bradisteanu, selon qui M. Nastase devra rester hospitalisé pendant une douzaine de jours.

L'avocat Ioan Cazacu a par ailleurs annoncé qu'il comptait demander un report de trois mois de l'emprisonnement de son client, pour raisons médicales.

M. Nastase, 61 ans, était hospitalisé depuis mercredi soir à Bucarest après s'être tiré une balle dans la gorge lorsque les policiers sont venus à son domicile pour l'emmener en prison.

Demandant à prendre un livre, il a saisi un pistolet dans un tiroir et a tenté de se suicider, selon des sources citées par l'agence Mediafax.

Le Premier ministre Victor Ponta, dont il est proche politiquement, lui a rendu visite mercredi dans la nuit.

Dans un verdict "sans précédent en Roumanie" depuis la chute de la dictature communiste en 1989, souligne le quotidien Adevarul, la Cour suprême a condamné de manière définitive mercredi l'ex-Premier ministre à deux ans de prison ferme pour avoir détourné environ 1,5 million d'euros vers sa campagne pour l'élection présidentielle en 2004.

M. Nastase a toujours dénoncé, dans la presse, sur son blog ou dans des brochures sur papier glacé distribuées lors des audiences, un "procès politique" orchestré par le candidat qui le battit à la présidence, l'actuel chef de l'Etat Traian Basescu.

"Un verdict qui a l'impact d'un tremblement de terre", a estimé une des alliées politiques de M. Nastase, l'ancienne ministre de l'Education Ecaterina Andronescu.

M. Nastase est le plus haut responsable politique roumain condamné pour corruption depuis 1989, un tournant majeur dans un pays où la Commission européenne a souvent critiqué le peu d'empressement de la justice à juger les leaders politiques de haut rang ou la tendance à infliger des peines trop clémentes.

Héritière d'un système judiciaire miné par des décennies de dictature et de corruption, la Roumanie fait l'objet depuis son entrée dans l'Union européenne en 2007 d'une surveillance rapprochée de Bruxelles afin de bâtir une justice indépendante des influences politiques.

Les résultats de cette surveillance, présentés dans un rapport cet été, seront cruciaux pour son entrée dans l'espace Schengen de libre circulation.

"Durant des années, nous n'avons pas été un pays normal et nous nous attendions toujours à ce que les puissants soient plus forts que la loi mais aujourd'hui la loi mise aux normes européenne est plus forte que n'importe qui", s'est réjoui sur RFI Roumanie Alina Mungiu-Pippidi, experte pour la Société Académique Roumaine (SAR).

"C'est un tournant. Cela montre que les réformes portent leurs fruits", a pour sa part souligné Laura Stefan du think tank Expert Forum en notant la "ténacité" du parquet anticorruption (DNA).

Bien que critiqué par nombre d'hommes politiques, le DNA est régulièrement loué par Bruxelles pour son "indépendance et son efficacité".

Le nombre des condamnations pour des faits de corruption de haut niveau est en forte hausse ces dernières années en Roumanie, avec près de 400 depuis le début de l'année.

Après ce "verdict historique" contre Adrian Nastase, "les hommes politiques n'auront plus la même sérénité à piocher dans la caisse", remarque l'éditorialiste du quotidien en ligne Gandul, Cristian Tudor Popescu.

© 2012 AFP
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