Des militaires égyptiens surveillent l'accès de l'hôpital militaire de Maadi, où a été transféré Hosni Moubarak, le 20 juin 2012.
Des militaires égyptiens surveillent l'accès de l'hôpital militaire de Maadi, où a été transféré Hosni Moubarak, le 20 juin 2012. - ALFRED/SIPA

Nina Hubinet

De notre correspondante au Caire

Assis à la terrasse d’un café d’Abdeen, un quartier central du Caire, Atef lit le journal qui annonce la mort «clinique» de Moubarak. «S’il meurt, il faudra lui faire des funérailles nationales», lance Abdu, le serveur du café, pour qui Moubarak a été injustement chassé du pouvoir. «Il a été condamné pour avoir fait tirer sur les manifestants pendant la révolution. Ce n’est plus un militaire. Il n’a droit qu’à un enterrement civil», réplique Atef, le ferronnier du quartier.

Mais l’enterrement de Moubarak ne semble pas encore être à l’ordre du jour. La nouvelle, annoncée mardi soir par la Mena, l’agence de presse officielle, a ensuite été démentie par l’un des généraux du Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis février 2011: «Moubarak n’est pas "cliniquement mort" comme il a été dit, mais sa santé se détériore et il est dans un état critique.» Selon les médias d’Etat, l’ancien président avait été victime d’une crise cardiaque et d’une attaque cérébrale. Mais son avocat a donné une toute autre version au New York Times mercredi: l’homme, âgé de 84 ans et détenu depuis le 2 juin à la prison de Tora, au Caire, aurait fait une chute dans la salle de bains, et un caillot se serait formé dans son cou. Transporté en urgence à l’hôpital militaire de Maadi, il y a été soigné et serait désormais dans un état stable.

Manifestations

Certains Egyptiens voient dans cette histoire de vraie-fausse mort de Moubarak une manipulation du pouvoir pour ajouter à la confusion ambiante. «Les généraux veulent faire oublier aux gens qu’ils sont en train de confisquer la révolution», estimait hier Sameh, un ingénieur qui manifestait sur la place Tahrir contre le «coup d’Etat» de l’armée. Environ 20.000 personnes, dont une majorité de partisans des Frères musulmans, étaient rassemblées dans le centre-ville du Caire pour protester contre les amendements constitutionnels promulgués par les militaires dimanche soir: le texte réduit considérablement les pouvoirs du futur président et confère le pouvoir législatif au CSFA (le Parlement ayant été dissous jeudi dernier). Les généraux peuvent ainsi former eux-mêmes l’assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle Constitution.

«Pour la première fois, les Frères ne font plus confiance aux militaires»

Les Frères musulmans, qui ont souvent été conciliants avec les militaires depuis la révolution, s’opposent cette fois à l’armée de manière frontale. «Ces amendements équivalent à un coup d’Etat complet contre la légitimité constitutionnelle, populaire et révolutionnaire», ont-ils ainsi déclaré dans un communiqué officiel. «Pour la première fois, les Frères ne font plus confiance aux militaires», analyse AbdelRahman Ayyash, un activiste. «Ils vont tenter de former une grande coalition avec les autres forces politiques, contre les généraux au pouvoir.»  

Dans ce bras de fer entre l’armée et les islamistes, l’annonce des résultats officiels de la présidentielle, prévue ce jeudii, sera une étape décisive: les deux finalistes, le Frère musulman Mohamed Morsi, et le candidat de l’ancien régime, Ahmed Chafiq, revendiquent tous deux la victoire.