Les observateurs de l'ONU ont suspendu samedi leur mission en Syrie en raison de "l'intensification des violences", qui ont fait encore au moins 26 morts ces dernières heures et poussé des centaines de familles piégées sous les bombes à Homs (centre) à lancer un appel à l'aide.
Les observateurs de l'ONU ont suspendu samedi leur mission en Syrie en raison de "l'intensification des violences", qui ont fait encore au moins 26 morts ces dernières heures et poussé des centaines de familles piégées sous les bombes à Homs (centre) à lancer un appel à l'aide. - Bassem Tellawi afp.com

avec AFP

Les observateurs de l'ONU ont suspendu ce samedi leur mission en Syrie en raison de «l'intensification des violences», qui ont fait encore au moins 26 morts ces dernières heures et poussé des centaines de familles piégées sous les bombes à Homs, dans le centre du pays, à lancer un appel à l'aide.

«En raison de l'intensification de la violence armée ces dix derniers jours, (...) et des risques encourus, la mission des observateurs de l'ONU suspend ses activités», a annoncé son chef, le général Robert Mood, dans un communiqué.

Les quelque 300 observateurs présents en Syrie «arrêteront de patrouiller jusqu'à nouvel ordre», a-t-il ajouté, promettant que cette décision serait réévaluée chaque jour et que la mission reprendraient dès que la situation le permettrait. Les observateurs étaient arrivés à la mi-avril pour surveiller un cessez-le-feu approuvé par le régime comme par l'opposition dans le cadre du plan de sortie de crise de l'émissaire international Kofi Annan, mais complètement ignoré.

Selon un bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) datant de jeudi, les opérations de répression et les combats entre armée et rebelles ont fait au moins 3.353 morts depuis le 12 avril, date d'entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu, dont les deux tiers au cours du dernier mois.

Les observateurs ont plusieurs fois rapporté avoir été empêchés de se rendre sur un site qu'ils souhaitaient voir, et avoir même parfois été pris pour cible. «L'absence de volonté des deux parties (gouvernement et opposition) pour parvenir à une transition pacifique, et la poussée vers les (solutions) militaires accroissent les pertes: des civils innocents, hommes, femmes et enfants sont tués tous les jours. Cela augmente aussi les risques que prennent les observateurs», a regretté le général Mood.

«Vive préoccupation»

Vendredi, il avait appelé tous ces acteurs à donner une chance à la mission de l'ONU, mais aussi la communauté internationale à donner à cette mission «un rôle qui serve mieux les aspirations du peuple syrien», alors que le Conseil de sécurité doit bientôt revoir son mandat.

L'OSDH avait d'ailleurs appelé vendredi «les observateurs internationaux à oeuvrer pour l'application immédiate du plan de Kofi Annan et du cessez-le-feu (...) ou à rentrer chez eux». Mais dans le même temps, l'OSDH a exhorté le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à intervenir «immédiatement» pour faire cesser les bombardements sur Homs «afin d'évacuer plus de 1.000 familles encerclées», dont des femmes et des enfants.

Vendredi, la France avait évoqué sa «vive préoccupation» face à des informations faisant état d'une opération imminente des forces du régime contre cette ville déjà cible de plusieurs attaques depuis la violente reprise en mars du quartier rebelle de Baba Amro.

Les comités locaux de coordination (LCC), qui chapeautent la mobilisation sur le terrain, ont évoqué de «très violents bombardements samedi sur les vieux quartiers de Homs, faisant de nombreux blessés» alors que les médicaments «manquent cruellement».

L'agence missionnaire du Vatican Fides a relayé l'appel d'environ 800 civils musulmans et chrétiens de Homs pris au piège du conflit à l'ONU, à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge. Il s'agit de femmes, d'enfants, de personnes âgées ou handicapées, «qui sont en réel danger, qui n'ont rien et vivent dans la panique au milieu des bombardements et des combats», selon Fides.

«Appel au secours» pour Douma

A travers le pays, les violences ont fait 26 morts, en grande majorité des civils, dont cinq ont péri dans différents quartiers de Homs, selon l'OSDH. Et sept civils, dont trois femmes, ont été tués dans des bombardements à Douma, tout près de la capitale, selon la même source.

Des militants de l'opposition ont lancé samedi un «appel au secours» pour Douma sur la page Facebook «Syrian Revolution 2011», faisant valoir que la ville était à un quart d'heure de route de Damas et que les observateurs basés dans la capitale devaient entendre «les échos des bombardements sur Douma». «Hôpitaux, mosquées et maisons ne sont pas épargnés par les bombardements qui ont fait ces deux derniers jours plus de 20 morts et de 500 blessés», ont écrit les militants.

En Turquie, des groupes de l'opposition syrienne ont repris samedi leurs discussions sur l'élaboration d'une vision commune de l'avenir du pays. La plupart des formations de l'opposition sont représentées à cette réunion autour du Conseil national syrien (CNS), reconnu par la plupart des opposants comme le «représentant officiel» du peuple syrien.

Dans le même temps, un dixième général syrien a fait défection et est arrivé en Turquie avec sa famille, selon l'agence de presse turque Anatolie qui n'a pas précisé l'identité ou les fonctions de cet officier supérieur.

Le dossier syrien doit être au menu, la semaine prochaine en marge du G20, des entretiens du président américain Barack Obama avec ses homologues russe Vladimir Poutine et chinois Hu Jintao, alliés de Damas qui bloquent toute action contre le régime de Damas au Conseil de sécurité de l'ONU.