Grèce: le suspense à son comble avant un vote pour ou contre l'euro

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Publié le 16 juin 2012.

ATHENES - Les électeurs grecs tenaient le monde en haleine samedi, à la veille de législatives cruciales pour la marche économique du pays et son maintien dans l'euro.

Evalués à quelque 700.000, les indécis devront départager la droite d'Antonis Samaras, qui se présente comme garante de l'ancrage du pays dans la zone euro, et la gauche radicale d'Alexis Tsipras, dressée contre l'austérité et les réformes imposées à la Grèce.

Selon les sondages, interdits de publication mais qui circulent sous le manteau, le score de chacun varie autour de 30%.

"C'est vrai qu'on a envie de faire sauter un système qui ne marche pas, mais j'ai peur que Tsipras ne se révèle au final aussi incapable que les autres, et que la situation continue à s'aggraver", confie à l'AFP Dora Fotopoulou, une psychologue de 48 ans.

Dès dimanche soir, le G-20 et l'Union européenne se préparent à réagir.

Christine Lagarde, la patronne du FMI a jugé "important" de "renouer le dialogue (...) dès la semaine prochaine" avec Athènes. Auprès du quotidien français Libération, elle a pointé samedi la nécessité de "remettre les compteurs à jour" après les semaines de vide politique ayant suivi le précédent scrutin inconclusif du 6 mai.

Une sortie de la Grèce de l'euro et de l'UE aurait un "effet dévastateur", a mis en garde le président de l'Eurogroupe et Premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker, appelant les Grecs à "en être conscients".

"L'Europe doit soutenir la Grèce et la Grèce doit remplir ses engagements", pour "montrer au monde que l'euro est un projet irréversible" a de son côté plaidé le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, dont le pays est un autre maillon faible de la monnaie commune.

L'inquiétude était aussi de mise dans les journaux grecs, qui titrait comme le socialiste Ta Néa sur un scrutin "énigme" et "historique".

Seul Avghi, l'organe du Syriza d'Alexis Tsipras, ne doutait pas : "La Grèce tourne la page avec un gouvernement de gauche."

S'ils partagent la volonté de renégocier les modalités de la cure de rigueur dictée par l'UE et le FMI en contrepartie du sauvetage financier du pays --340 milliards d'euros de prêts et 107 milliards de créances effacées-- le conservateur raide et le charismatique enfant terrible de la gauche s'opposent sur tout le reste.

Favori des chancelleries européennes, en dépit de son intransigeance nationaliste et de son ralliement ambigu à la rigueur, M. Samaras, 61 ans, plaide pour le maintien dans l'euro à tout prix.

Il s'est affirmé prêt à former une gouvernement "de salut national", avec le renfort souhaité des socialistes, attendus en troisième position, si comme prévu les électeurs ne donnaient à aucun parti la majorité absolue de 151 sièges au Parlement.

Gravement sanctionnée le 6 mai, la ND est créditée d'avoir en partie récupéré ses électeurs déçus qui avaient succombé au vote populiste, voire aux sirènes du parti néonazi Aube Dorée.

Cette dernière formation, qui a fait irruption au parlement le 6 mai avec 6,9% des voix, est toutefois crédité d'y garder des députés, en dépit de sa violence notoire.

La reconquête conservatrice est passée par un virage à droite toute, assimilant immigration à "invasion", et des promesses à retrouver croissance et emploi, via notamment un relâchement de la pression fiscale.

L'économie grecque est de fait au bord de l'asphyxie, plombée par une récession qui s'aggrave depuis 2008 et a fait s'envoler le chômage à 22,6% au premier trimestre.

La ND compte avant tout "sur la peur pour vaincre la colère" des Grecs contre les sacrifices imposés, a expliqué vendredi un sympathisant à l'AFP, lors du dernier grand meeting de M. Samaras à Athènes.

En face, le Syriza peine à expliquer comment il maintiendra le pays à flot et dans l'euro, tout en tournant le dos à l'orthodoxie financière au profit d'une politique de relance via nationalisation et redistribution des ressources. Partenaires européens et créanciers ont menacé la Grèce d'une sortie de l'euro si elle ne tenait pas ses engagements d'austérité.

M. Tsipras, 37 ans, doit composer avec l'unanisme pro-euro des Grecs, mais il surfe aussi sur leur rejet d'une austérité perçue comme sans issue.

Même à l'étranger, de plus en plus de voix s'élèvent pour reconnaître que le rythme de l'assainissement budgétaire devra être ralenti. Quant aux partisans d'une éviction grecque de l'euro, ils n'ont pas encore convaincu de l'inocuité de cette option pour la stabilité de la monnaie unique et l'économie mondiale.

En cas de victoire de son parti, M. Tsipras s'est donné dix jours pour mener une "rude négociation" avec les bailleurs de fonds, avec comme enjeu les 90 milliards d'euros qu'attend encore le pays jusqu'en 2015, et dont le versement a été suspendu.

Et si la gauche radicale devait être maintenue dans l'opposition, elle risque de se livrer à une guerre d'usure qui augure mal tant de la marge de manoeuvre et viabilité d'un éventuel attelage conservateurs-socialistes, que de la tranquillité d'esprit des dirigeants européens.

© 2012 AFP
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