Les violences entre communautés musulmane et bouddhiste dans l'ouest de la Birmanie ont fait au total 50 morts en deux semaines, a annoncé la presse d'Etat samedi, alors que l'attention se tourne désormais vers la détresse des dizaines de milliers de déplacés.
Les violences entre communautés musulmane et bouddhiste dans l'ouest de la Birmanie ont fait au total 50 morts en deux semaines, a annoncé la presse d'Etat samedi, alors que l'attention se tourne désormais vers la détresse des dizaines de milliers de déplacés. - afp.com

© 2012 AFP

Les violences entre communautés musulmane et bouddhiste dans l'ouest de la Birmanie ont fait au total 50 morts en deux semaines, a annoncé la presse d'Etat samedi, alors que l'attention se tourne désormais vers la détresse des dizaines de milliers de déplacés.

Selon New Light of Myanmar, qui n'indique pas l'origine des victimes, 50 personnes ont été tuées et 54 blessées entre le 28 mai et le 14 juin.

Le journal ne précise pas si le bilan inclut la mort de dix musulmans lynchés le 3 juin par une foule de bouddhistes en colère qui voulait venger le viol et le meurtre d'une femme dans le sud de l'Etat Rakhine, mais la période indiquée couvre la date de cet événement qui a mis le feu au poudre.

Le précédent bilan officiel faisait état de 29 morts (16 musulmans et 13 membres de la minorité ethnique rakhine, majoritairement bouddhiste), mais ne prenait pas en compte le lynchage des dix musulmans. Plusieurs sources ont fait état de bilans beaucoup plus lourds.

Les violences communautaires qui avaient éclaté le 8 juin dans le nord de l'Etat Rakhine, à la frontière avec le Bangladesh, avant de se propager à sa capitale Sittwe, ont également déplacé plus de 30.000 personnes et des milliers de maisons ont été brûlées.

Alors que l'état d'urgence est en place depuis dimanche dernier, la situation semblait relativement plus calme depuis mercredi, laissant la place à des scènes de dévastation dans des quartiers entièrement réduits en cendre.

New Light of Myanmar a fait état de "78 émeutes" depuis le début de la crise, et "seulement deux" jeudi -date à laquelle s'arrête son décompte-, que les autorités ont pu contrôler "pacifiquement".

Une des priorités est désormais de subvenir aux besoins des déplacés hébergés dans des dizaines de camps à travers l'Etat.

"Ces personnes sont actuellement confrontées à des difficultés immenses", a commenté dans une déclaration publiée tard vendredi le conseiller spécial pour la Birmanie du secrétaire général de l'ONU, Vijay Nambiar, qui s'était rendu sur place mercredi et jeudi.

"Le gouvernement a indiqué qu'il y avait un besoin urgent de nourriture, d'abris et d'assistance médicale", a-t-il ajouté, assurant que l'ONU avait "pris note des besoins immédiats des populations déplacées".

Bien que les Nations unies aient évacué une partie de leur personnel de l'Etat Rakhine, Nambiar a assuré que l'ONU était "prête à déployer une équipe (...) pour satisfaire les besoins humanitaires".

Juste à l'extérieur de la capitale, un village majoritairement musulman accueillait vendredi de nombreux réfugiés sous des tentes, pour se protéger des pluies de mousson, a constaté une équipe de l'AFP.

"Je suis venu ici parce que ma maison a été brûlée", a raconté Ni Maung, 27 ans.

"Nous voulons rentrer chez nous pour être avec nos familles, nos enfants", a ajouté Hla Myint, 56 ans, un leader musulman de Sittwe. "Je suis dans le pétrin, ma femme est une bouddhiste birmane."

L'Etat Rakhine accueille une importante communauté musulmane, dont la minorité apatride des Rohingyas, considérée par l'ONU comme l'une des plus persécutées de la planète.

Environ 800.000 d'entre eux sont confinés dans le nord de l'Etat Rakhine, où ont éclaté les violences le 8 juin. Ils ne sont pas reconnus comme une minorité ethnique par le gouvernement et par beaucoup de Birmans qui les considèrent souvent comme des étrangers, immigrés illégaux venus du Bangladesh.

Au-delà du cas des Rohingyas, extrêmement complexe, ces violences mettent en exergue les tensions religieuses sous-jacentes dans un pays où, soulignent les experts, être birman signifie généralement être bouddhiste. Les musulmans représentent officiellement 4% de la population, à 89% bouddhiste.