Libération de Roméo Langlois: «Cette situation nous a confrontés à la réalité d'un conflit»

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Publié le 31 mai 2012.

INTERVIEW - Claire Launay, amie proche du journaliste français, confie ses premières impressions à «20 Minutes»...

Comme la famille et les proches de Roméo Langlois, Claire Launay vient de passer «33 jours horribles». Responsable à Bogota du programme Amérique Latine d’un institut français de recherche sur la gouvernance, cette amie du journaliste de France 24 se confie à 20 Minutes.

Comment avez-vous vécu la libération de Roméo Langlois et son retour à Bogota?
C’est toujours trop long. Le temps qu’ils le libèrent, le transfèrent à Florencia puis Bogota, il s’est passé huit ou neuf heures. Je m’étais toujours dit que je croirais en sa libération quand je le verrais de mes yeux, et dès qu’on l’a vu, avec son frère et sa sœur, c’était la grande émotion. J’ai été l’accueillir à l’aéroport de Bogota, c’était très impressionnant.

Comment s’est déroulée l’attente durant ces 33 jours?
Il y a des hauts et des bas. Le temps prend une autre dimension, même si un mois, ce n’est pas si long, mais il faut apprendre à être patient. Ici, beaucoup de gens ont eu des proches retenus par les Farc et on s’est mis dans la peau d’une famille qui est dans l’attente. La première semaine a été très dure car on n’avait aucune information, puis on a été plus tranquille quand on a eu la confirmation des Farc. On appréhendait surtout à cause de sa blessure, on essayait de lui envoyer des messages par la radio, mais j’avais confiance en lui, je le connais bien. Il y a aussi eu beaucoup de solidarité de la part de sa famille et des autres acteurs qui ont œuvré à sa libération. Cela s’est vraiment très bien passé, les autorités ont été très patientes et nous ont beaucoup aidé.

Avez-vous pensé que cela durerait plus longtemps, des mois voire des années?
Non, on n’a jamais pensé que cela pouvait durer des années parce qu’il ne s’agissait pas d’un enlèvement classique. C’est un journaliste connu, il a été retenu après une opération militaire et on pouvait donc attendre une récupération. On savait que ça pourrait se compliquer, et c’est ce qu’il s’est passé. Tous les jours il se passait quelque chose, on ne savait pas quand et comment il allait être libéré, mais on savait que ça allait se faire.

Quelle est votre réaction après les critiques formulées notamment par Alvaro Uribe sur les relations entre Roméo Langlois et les Farc?
Accuser Roméo d’être un terroriste, c’est un comble, surtout après 33 jours de détention. Je ne partage évidemment pas ce commentaire, mais la situation est complexe. C’est un conflit qui dure depuis des années et dans lequel chacun estime avoir raison, il y a toujours un bon prétexte pour rejeter la faute sur l’autre. De la part d’Alvaro Uribe, c’est en tout cas une méconnaissance du travail de Roméo dont on a beaucoup parlé durant sa détention.

Savez-vous ce que Roméo Langlois compte faire après son retour en France? Va-t-il continuer à vivre et travailler en Colombie?
Lui-même y réfléchit. Il vit ici depuis des années, il ne quittera pas une vie comme ça, mais il se pose des questions. Cela a renforcé sa réflexion, mais pour le moment, il va se reposer en France. Cela a d’ailleurs également changé ma vie. Etre touchée d’aussi près, ça change la perception, la réflexion, mais je suis mariée à un Colombien, j’ai un enfant. Parfois, je me dis que je préfèrerais être en France. Cela va me passer, mais cette situation nous a confrontés à la réalité d’un conflit qui pèse sur notre présence et notre travail ici.

D’une manière générale, comment ressentez-vous la suite des événements en Colombie?
Il y a une certaine ouverture. Les Farc ont été dans la cohérence de ce qu’ils avaient dit, à savoir de mettre fin aux séquestrations de civils. Il y a aussi une volonté de la part du gouvernement de s’ouvrir, mais je reste prudente. Plusieurs portes se sont parfois ouvertes des deux côtés et se sont vite refermées.

Propos recueillis par Corentin Chauvel
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