Des milliers de manifestants dans les rues de Montréal, le 22 mai 2012
Des milliers de manifestants dans les rues de Montréal, le 22 mai 2012 - REUTERS/Christinne Muschi

Mélanie Colleu, à Montréal

De notre correspondante au Québec,

Samedi soir, dans un parc du centre-ville de Montréal devenu le QG des manifestants, trois gamins d’une dizaine d’années ouvrent la marche sur leur skateboard. Derrière eux, plusieurs milliers de personnes chantent et tapent sur des casseroles. Ils ne portent pas tous le carré rouge, symbole de la lutte étudiante au Québec.

Cette manifestation nocturne s’impose comme un rituel depuis plus d’un mois. Mais au fil des soirées, son visage change. Des aînés, des travailleurs et des familles entières ont désormais rejoint les rangs étudiants, munis de batteries de cuisine pour faire un maximum de bruit.

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«Le gouvernement brime notre liberté d’expression. La révolte du peuple devient un devoir. C’est la première fois que je sors marcher avec eux autres et je le fais avant tout pour l’avenir de mes petits-enfants», explique Michel Vaillancourt, 67 ans, retraité de la fonction publique.

Jusqu'à minuit, il cognera sur le Téflon de sa casserole en arpentant les rues de la ville.

La goutte de trop

Sa liberté d’expression, Michel Vaillancourt considère comme beaucoup l’avoir perdue avec l’entrée en vigueur la semaine dernière de la loi 78, dite «loi matraque», qui restreint le droit de manifester dans le but de venir à bout du conflit étudiant.

«Il n’y aurait pas pu y avoir pire provocation de la part du gouvernement, estime Sophie Bureau, une avocate battant le pavé depuis quelques jours. C’est antidémocratique et anticonstitutionnel.»

Il y a trois mois, plus de 200 000 étudiants ont décrété une grève générale pour lutter contre la hausse des frais de scolarité.

Les tentatives de négociations entre les associations étudiantes et le gouvernement ont échoué à plusieurs reprises, entraînant la démission de la ministre de l’Education puis la mise en place de cette loi d’exception. Aujourd’hui, la lutte n’est plus simplement étudiante, mais prend une dimension sociale.

«Les gens crient à l’injustice et ils ont raison. Ce n’est pas la solution pour ramener la paix», livre Martine Desjardins, présidente de la plus grosse association étudiante du Québec.

Les discussions entre les leaders étudiants et le gouvernement devraient reprendre ce lundi mais déjà une association universitaire a appelé à perturber le Grand Prix du Canada de Formule 1 qui se tiendra à Montréal dans dix jours.