Québec: Des milliers d'étudiants et de Montréalais dans la rue pour la liberté de manifester

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Publié le 23 mai 2012.

MANIFESTATIONS - Les étudiants grévistes s'opposent au gouvernement depuis cent jours...

Plusieurs dizaines de milliers de Montréalais sont descendus mardi dans la rue pour protester contre la récente «loi matraque» ayant réduit le droit de manifester, dans la foulée du conflit sur les droits de scolarité.

La manifestation, organisée au centième jour du différend entre les étudiants grévistes et le gouvernement du Premier ministre Jean Charest, s'est déroulée pacifiquement, voire dans une ambiance festive, comme la veille, en dépit de quelques incidents lors desquels trois vitrines de magasins ont été brisées à coups de projectiles.

>> Le reportage de notre correspondant à Montréal à lire ici

Le groupe séparé d'où étaient parties les pierres et qui n'a pas respecté l'itinéraire remis aux autorités, a été déclaré illégal et invité à se disperser, mais la police a indiqué n'avoir opéré aucune arrestation.

En revanche, quelques heures plus tard les forces de l'ordre ont dispersé à coups de matraque et de grenades assourdissantes une autre manifestation, la 29e marche nocturne quotidienne, rassemblant environ deux mille personnes autour des mêmes thèmes. Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées, a précisé la police, en majorité pour «attroupement illégal» et port de masques, désormais interdit. Auparavant, quelques bouteilles avaient été lancées vers les policiers casqués et porteurs de boucliers.

>> Pour lire le témoignage de Damien P., Français expatrié au Québec, c'est par là

La loi spéciale votée vendredi dernier oblige les organisateurs de manifestations de plus de 50 personnes à soumettre à la police, au moins huit heures à l'avance, l'itinéraire du cortège, sous peine de lourdes amendes pour les contrevenants.

«La loi 78 n'empêche pas les manifestations, elle est là pour les encadrer», a déclaré le ministre québécois de la Sécurité publique, Robert Dutil. «En France, il faut un permis 20 jours à l'avance, à Londres un avis six jours à l'avance, à Genève 30 jours à l'avance», a commenté devant la presse Robert Dutil.

Un sondage publié mardi par le quotidien Le Journal de Montréal montre que si 51% de la population sont d'accord avec la hausse des droits de scolarité, 53% estiment en revanche que la loi d'exception «est beaucoup trop sévère» et 73% qu'elle ne contribuera pas au rétablissement de la paix sociale. La majorité appelle à une reprise du dialogue entre le gouvernement et les étudiants.

Conflit dans l'impasse

Des syndicats et des organisations ont annoncé leur intention de contester devant les tribunaux cette loi, qui doit rester en vigueur jusqu'au 1er juillet 2013, mais cette procédure pourrait prendre plusieurs années avant d'aboutir.

La Classe a été plus directe: elle a non seulement appelé à désobéir à la loi mais a également invité les objecteurs à se porter volontaires pour des interpellations sur le site «arretezmoiquelquun.com». Quelque 3.300 personnes, photos à l'appui, avaient donné leur nom mardi, 24 heures après le lancement de cette initiative.

Le gouvernement a laissé entendre mardi, par la voix de sa ministre de l'Education Michelle Courchesne, que «portes restaient toujours ouvertes» à la négociation avec les étudiants, alors que le conflit semblait dans l'impasse. Mais Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Classe, le syndicat étudiant le plus radical, a dit n'avoir reçu aucun message du gouvernement.

Il a indiqué cependant que si elle était invitée à de nouveaux pourparlers, son organisation y participerait, même si «en ce moment le lien de confiance n'est pas dans son meilleur état». «On va y aller, je ne vous dirais pas avec le sourire aux lèvres, mais on va y aller», a-t-il affirmé.

Avec AFP
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