Québec: Au centième jour de manifestations, la tension redescend à Montréal

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Publié le 22 mai 2012.

REPORTAGE - Lundi soir s'est tenue une manifestation apaisée à Montréal, après un week-end très agité...

De notre correspondant au Canada,

La question est sur toutes les lèvres: où est la police? Non que les quelque 3.000 participants à la 29e «manifestation du soir, jusqu’à la victoire» souhaitent voir apparaître boucliers et matraques, mais ils s’étonnent de cette discrétion toute nouvelle des forces de l’ordre.

Samedi et dimanche soir, juste après le vote d’une loi spéciale restreignant le droit de manifester au Québec, la police était intervenue rapidement. Moins d’une heure après le début des rassemblements d’opposition à la hausse des droits de scolarité, les policiers en armures chargeaient et balançaient du gaz irritant.

Certains ont jugé ces interventions prématurées et démesurées; la police a répondu que des jets de pierre, des feux allumés en pleine rue et des vitrines fracassées justifiaient de déclarer la manifestation illégale. En deux jours, près des 400 personnes ont été arrêtées et une dizaine blessées (lire le témoignage par ici).

Ambiance festive

Rien à voir avec l’ambiance presque festive de lundi. «C’est difficile à reconnaître, mais je pense que les arrestations ont calmé les fortes têtes», analyse Gabriel Lessard, un étudiant qui pourtant arbore fièrement son carré rouge, symbole du mouvement. Il dénonce également le manque de discernement des représentants de l’ordre. «Avec la nouvelle loi spéciale, les policiers se sont sentis tout puissants. Ils pensaient probablement que ça casserait le mouvement et qu’on les laisserait tranquille. Ils se sont trompés.»

«Pour moi, c’est clair: quand la police n’est pas là, il n’y a pas de casse», lance Simon, l’un des seuls manifestants masqués. «Je me masque parce que je ne veux pas être reconnu. Quand je vais voter, je le fais de façon anonyme, là c’est pareil», se justifie-t-il.

Les slogans fusent: «La loi spéciale, on s’en câlisse», «À qui la rue, à nous la rue», ou encore le classique «Charest démission», en référence au Premier ministre du Québec. Certains musiciens accompagnent ces «hymnes» à l’aide de flûtes de pan et de tambours.

Nouveau parcours

Autre changement par rapport aux autres soirs, le cortège file à vive allure vers l’ouest de la ville, s’éloignant donc du Quartier Latin où s’étaient déroulés les affrontements du week-end. Cette fois-ci, les nombreux curieux installés sur les terrasses de la rue Saint-Denis ne se mêleront pas aux manifestants.

«Moi, ça me plaît de changer de décor, sourit Stéphane, un jeune papa qui dit se soucier de l’avenir de son fils. Je ne suis pas là pour casser des vitrines et je crois que les gens des autres quartiers ont aussi droit d’entendre notre message.» D’ailleurs, un habitant favorable à la cause ne tarde pas à s’attirer des applaudissements en proposant aux manifestants de s’abreuver avec son tuyau d’arrosage.

Dans un sursaut de subversion, certains frondeurs tentent bien de s’approcher de la maison du Premier ministre Jean Charest, située dans le chic quartier de Westmount. Ils sont vite découragés par la police qui a donc décidé de contrôler la foule en souplesse. D'ailleurs, scène amusante près de la station de métro Villa-Maria, quelques manifestants remercient les policiers pour leur discrétion.

100 jours

Soudain, au milieu des slogans, des cris de joie: «Joyeux 100 jours!» On s’embrasse. Cela fait en effet cent jours que le conflit étudiant a débuté au Québec. Cent jours de manifestations, cent jours d’universités bloqués, cent jours de négociations avortées, cent jours de perturbation du transport…

Pas vraiment de quoi se réjouir, même si, en ce moment, une soirée sans acte de vandalisme, sans pleurs et sans arrestation à Montréal, ça peut se fêter.

Matthieu Payen, à Montréal
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