- AFP PHOTO / ROGERIO BARBOSA

Témoignage édité par Christine Laemmel

Trois mois après le début du conflit au Québec, le mouvement étudiant contre l’augmentation des frais de scolarité ne faiblit pas. Depuis le vote de la «loi spéciale», interdisant entre autres, les manifestations aux abords des établissements scolaires, le climat gagne même en tension.

>> Racontez-nous la situation sur place en témoignant dans les commentaires ou en nous écrivant à reporter-mobile@20minutes.fr

Damien P., 26 ans, internaute de 20 minutes, est installé depuis trois ans au Québec. Il raconte n’avoir pris part «qu'à la grande manifestation où 200.000 personnes étaient là. Étant Français et pas encore résident permanent, si je me fais arrêter dans une de ses manifs, je suis expulsé dans la seconde.» Voici son témoignage.

«La situation est de plus en plus préoccupante, tous les soirs des manifestations nocturnes ont lieu dans la zone touristique de la ville, les quartiers des bars et restaurants. Dimanche soir soir encore, tout le périmètre a été fermé, j’ai mis plus de trente minutes pour rentrer chez moi en voiture dans le nord de la ville, alors qu'il en faut dix d'habitude.

Une grande partie de la ville crie à la dictature

Il y a un déploiement de policiers énorme partout en centre-ville, à vélo, moto et cheval. Des bus entiers, réquisitionnés pour l’occasion, j'imagine, remplis d'agents prêts à intervenir. Des agents devant toutes les stations de métro. La ville est en état de siège. Et la loi votée par le gouvernement n'aide en rien les choses. Aujourd'hui les réunions sont strictement réglementées (interdiction à moins de 50 mètres d'un établissement), le port du carré rouge interdit aux employés du ministère de l'Education (symbole de la lutte étudiante pour les frais de scolarités), une grande partie de la ville crie à la dictature alors que dans le reste de la province on est plutôt pour. Il y a un vrai clivage au sein de la province.

A deux rues des manifestants, les gens continuent d’aller en boîte de nuit

Le mode de réaction n'est pas du tout le même qu'en France. Il y a quelques semaines pour trois vitres cassées (des banques sur le chemin), les policiers ont déclaré la manifestation illégale (comme quasiment tous les jours), gazé tout le monde et essayé de les disperser.
La situation est grave mais la vie suit son cours. A deux rues des manifestants, les gens continuent d’aller en boîte de nuit. Le cortège est passé devant moi, les gens les applaudissaient des bars ou des restaurants. Le plus gros problème, c'est que personne n'en voit le bout, il n'y aucune lueur de fin ni d'amélioration.»