Une soixantaine de personnes ont été blessées vendredi au Caire dans des heurts entre manifestants hostiles au pouvoir militaire et soldats à proximité du ministère de la Défense, faisant encore monter la tension à l'approche de la présidentielle prévue à la fin du mois.
Une soixantaine de personnes ont été blessées vendredi au Caire dans des heurts entre manifestants hostiles au pouvoir militaire et soldats à proximité du ministère de la Défense, faisant encore monter la tension à l'approche de la présidentielle prévue à la fin du mois. - Khaled Desouki afp.com

© 2012 AFP

Une soixantaine de personnes ont été blessées vendredi au Caire dans des heurts entre manifestants hostiles au pouvoir militaire et soldats à proximité du ministère de la Défense, faisant encore monter la tension à l'approche de la présidentielle prévue à la fin du mois.

Les manifestants ont échangé des jets de pierres avec les forces anti-émeutes de l'armée, qui ont aussi utilisé un canon à eau, des gaz lacrymogènes et chargé la foule à plusieurs reprises.

Un journaliste de l'AFP a vu plusieurs manifestants blessés évacués sur des motos ou à bord d'ambulances, et la télévision égyptienne a également montré des militaires blessés portés par d'autres soldats.

Les affrontements se sont transformés en courses-poursuites avec des véhicules militaires dans de nombreuses rues du quartier d'Abbassiya, à proximité du ministère, où des tirs nourris ont été entendus au milieu de scènes de chaos.

Les services de sécurité ont assuré qu'il s'agissait de tirs de semonce pour tenter de disperser la foule.

Le ministère de la Santé a fait état dans un bilan provisoire de 59 personnes blessées, dont cinq ont été transportées dans un hôpital, les autres étant soignées sur place.

Selon une source militaire, les soldats, aidés par la police et des "résidents" du quartier, ont arrêtés 40 personnes présentées comme des "voyous".

En fin d'après-midi, certains manifestants ont commencé de se diriger vers la place Tahrir, dans le centre ville, théâtre d'un autre rassemblement, dans le calme, depuis la matinée.

Une manifestation a également eu lieu à Alexandrie (nord), deuxième ville du pays et fief islamiste. Tous ces rassemblements étaient soutenus par plusieurs mouvements pro-démocratie ainsi que par des organisations islamistes comme les Frères musulmans, première force politique du pays.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) avait émis dès jeudi de fermes avertissements contre toute menace sur les bâtiments et installations militaires.

Ces derniers jours, la contestation a été largement alimentée par des partisans d'un salafiste dont la candidature a été invalidée pour la présidentielle, Hazem Abou Ismaïl.

Mais de nombreux manifestants exprimaient vendredi la crainte plus large de voir l'armée chercher à manipuler l'élection présidentielle historique dont le premier tour est prévu les 23 et 24 mai.

"Nous ne voulons plus du CSFA, nous ne lui faisons pas confiance, il suit l'exemple de Moubarak", affirmait Mohammed Badawi, membre de la "Coalition des jeunes de la révolution", venu de la ville d'Ismaïliya, sur le canal de Suez, pour manifester dans la capitale.

Un manifestant originaire de Mansourah, dans le delta du Nil, Ahmed Gamal, redoutait de voir les élections "truquées": "Après la révolution, nous aurions dû avoir une commission électorale intègre. A la place, nous en avons une corrompue".

Mercredi, des affrontements extrêmement violents entre des manifestants réunis à proximité du ministère de la Défense et des assaillants en civil avaient fait neuf morts selon les autorités, 20 selon des sources médicales.

L'Egypte a connu de nombreuses manifestations, parfois meurtrières, contre le pouvoir militaire depuis la chute de M. Moubarak en février 2011 et la prise de contrôle du pays par le CSFA.

Le CSFA a promis jeudi que cette présidentielle, la première depuis le départ de M. Moubarak, serait "100% honnête et transparente". Il a aussi rappelé son engagement de revenir à un pouvoir civil avant la fin juin, dès que le nouveau chef de l'Etat aurait été élu.

Deux des principaux candidats sont des anciens de l'ère Moubarak: l'ex-ministre des Affaires étrangères et ancien chef de la Ligue arabe Amr Moussa, et le dernier Premier ministre du régime déchu Ahmad Chafiq.

Le camp islamiste est principalement représenté par un candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, et un dissident de la confrérie, Abdel Moneim Aboul Foutouh, soutenu par un large éventail politique allant des salafistes à de jeunes militants pro-démocratie.