Photo non datée du dissident chinois Chen Guangchen.
Photo non datée du dissident chinois Chen Guangchen. - HANDOUT / REUTERS

Corentin Chauvel

«L'évasion de Chen Guangcheng est un miracle. C'est difficile à croire à moins de l'entendre raconter lui-même son histoire». Le dissident chinois aveugle, âgé de 40 ans, n’a toujours pas été en mesure de le faire publiquement, alors ce sont ses partisans qui s’en chargent, quelques jours après la révélation de cette incroyable fuite.

Après quatre ans de prison pour avoir notamment dénoncé les avortements forcés dans le cadre de la politique de l'enfant unique, Chen Guangcheng était en résidence surveillée dans sa région du Shandong (est de la Chine) depuis septembre 2010. «Il y a un grand nombre de policiers locaux, d'agents chargés de la circulation et des personnels de sécurité du village pour le surveiller. Plus de 60 personnes sont mobilisées nuit et jour», avait détaillé à l’AFP un commerçant proche du village de Dongshigu, dans lequel vivait «l’avocat aux pieds nus».

Un miracle d’organisation et d’endurance

Son évasion se révèle ainsi un miracle d’organisation et d’endurance, selon ses proches. C’est dans la nuit du 21 ou du 22 avril que le dissident a finalement choisi de tenter à nouveau sa chance, sa dernière tentative – un tunnel creusé sous sa maison- ayant échoué l’an dernier.

Prétendant être malade, allongé sur son lit, Chen Guangcheng «a passé plus de deux mois à l'intérieur de sa maison sans sortir pour observer d'une part le comportement de ses gardiens, et pour leur faire croire d'autre part qu'il n'était pas prêt à partir», a expliqué à Reuters Guo Yushan, chercheur et avocat des droits de l'homme qui a rapporté le récit conté par le fugitif en personne après avoir fait lui-même l’objet d’un interrogatoire de plusieurs jours.

Huit murs, une dizaine de barrières

Profitant ainsi du relâchement de la vigilance de ses gardiens, le dissident «a profité d'un court moment pour franchir la première enceinte en près de cinq secondes, puis la deuxième, la troisième, la quatrième», a poursuivi Guo Yushan. Au total, Chen Guangcheng «a dû escalader lui-même huit murs et une dizaine de barrières, trébuchant et tombant une centaine de fois pendant 19 heures jusqu'à ce qu'il traverse un ruisseau et finisse par s'enfuir de son village.»

«Tout son corps était lacéré et contusionné. Il s'est foulé le pied droit, donc il pouvait à peine tenir debout. A la fin, il ne pouvait plus que ramper sur de longs tronçons, si bien que quand je l'ai vu, il était vraiment dans un état déplorable», a indiqué Guo Yushan qui est venu recueillir Chen Guangcheng dans un fossé une vingtaine d’heures plus tard, en compagnie de He Peirong, autre militante des droits de l’homme, contactée grâce au téléphone portable qu’un gardien compatissant avait bien voulu céder à l’«avocat aux pieds nus».

Le voyage retour en voiture vers Pékin, distante de 600 km, n’a pas été de tout repos non plus. Plusieurs amis se sont relayés pour le conduire sain et sauf «par des chemins détournés», rapporte Libération ce mercredi. Après son arrivée dans la capitale, Chen Guangcheng a changé de lieu à plusieurs reprises afin d'éviter de se faire prendre, ont déclaré des opposants.

«Il veut bien sûr rester en Chine»

C’est un peu moins d’une semaine plus tard, après la diffusion d’une vidéo où Chen Guangcheng révèle son évasion, que ses gardiens s’en sont rendu compte. C’est alors que le dissident a fait le choix de trouver refuge au sein de l’ambassade des Etats-Unis qu’il a finalement quitté ce mercredi pour se rendre dans une unité médicale où sa famille l’a rejoint.

Désormais, l'objectif de Chen Guangcheng n'est toutefois pas de demander l'asile aux Etats-Unis ni ailleurs. «Il veut bien sûr rester en Chine et réclamer réparation pour les années de persécution illégale et poursuivre ses efforts pour la société chinoise», a déclaré Guo Yushan.