Portrait du souverain thaïlandais à la longévité record
Avec sa masse de cheveux bruns en bataille, son t-shirt « rage against the machine », et son vocabulaire anglais composé pour moitié de mots d'argots, «Toffee» est à mille lieues de l'image d'Epinal de la Thaïlande : sourire et harmonie, pagodes dorées et rizières centenaires. Mais à son poignet, il arbore tout de même ce bracelet en plastique jaune, imprimé d'un « Long live the King ! » (« vive le Roi ! ») en vente pour les célébrations des 60 ans de règne de Bhumibol Adulyadej – le doyen des rois du monde. Car jeunes ou vieux, urbains ou ruraux, les Thaïlandais font preuve d’un profond dévouement envers leur souverain. Tous connaissent le nom du chien préféré du Roi (Thong Daeng), les livres et CD de jazz composés par Sa Majesté se vendent comme des petits pains ; et au cinéma, les spectateurs doivent se lever avant le début du film, pour regarder respectueusement un clip très solennel en hommage au monarque.
Alors, pas question de donner une mauvaise image du royaume durant les cérémonies d’anniversaire de l’accession au trône, auxquelles assistent des représentants de 26 maisons royales. Par respect pour le Roi, même les hommes politiques ont mis en sourdine les graves divergences qui ont depuis février plongé le pays dans une crise profonde, centrée autour du Premier ministre.
Car plus qu’un record de longévité, le règne de Bhumibol Adulyadej est marqué par les accomplissements de ce souverain. Roi constitutionnel, il ne dispose de peu de pouvoirs formels, mais il reste celui vers qui le pays se tourne en temps de crise, car son influence morale reste extrêmement forte. Une autorité basée en grande partie sur la forte connexion du souverain avec son pays : à 79 ans, il parcourt moins souvent que dans sa jeunesse les campagnes du royaume, mais au long de son règne il a mis en place quelques 3000 projets royaux. D’un village accueillant les veuves de victimes des violences dans le Sud musulman, à des brevets déposés pour provoquer les pluies de mousson, en passant par les innombrables projets de reconstruction post-tsunami dans le Sud du pays : l’action du roi a été récompensé par un prix décerné récemment par l’Onu.
Solenn Honorine