Accidents à répétition pour un roi veillissant, scandale de corruption et, maintenant, polémique autour d'un voyage au Botswana: l'image de la monarchie espagnole se fendille après un "annus horribilis" inédit pour cette famille longtemps très populaire et protégée par les médias.
Accidents à répétition pour un roi veillissant, scandale de corruption et, maintenant, polémique autour d'un voyage au Botswana: l'image de la monarchie espagnole se fendille après un "annus horribilis" inédit pour cette famille longtemps très populaire et protégée par les médias. - Jaime Reina afp.com

© 2012 AFP

Accidents à répétition pour un roi veillissant, scandale de corruption et, maintenant, polémique autour d'un voyage au Botswana: l'image de la monarchie espagnole se fendille après un "annus horribilis" inédit pour cette famille longtemps très populaire et protégée par les médias.

"L'évolution du patient est totalement satisfaisante", ont assuré dimanche les médecins s'occupant du roi Juan Carlos, 74 ans, qui s'est fracturé la hanche droite vendredi lors d'un séjour au Botswana.

Rapatrié d'urgence, le monarque a été opéré samedi et les médecins de l'hôpital USP San José de Madrid lui ont posé une prothèse.

"Il est en pleine forme et sera bientôt en mesure de reprendre son activité habituelle", a renchéri le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, après lui avoir rendu visite dimanche.

Mais ces nouvelles positives ne parviennent pas à masquer le malaise que cet accident a réveillé en Espagne.

Selon les médias, Juan Carlos s'était rendu au Botswana pour une partie de chasse à l'éléphant, autorisée dans ce pays à condition de payer entre 7.000 et 30.000 euros.

Indiquant qu'il s'agissait d'un voyage privé, la Maison royale refuse de le confirmer.

Mais une photo de Juan Carlos posant en 2006, fusil à la main, devant un éléphant mort dans ce pays a été publiée en une de plusieurs quotidiens espagnols, dimanche.

Alors que l'Espagne vient de présenter un budget d'une rigueur sans précédent, le cliché à de quoi ternir l'image d'un roi apprécié par les Espagnols pour avoir aidé à établir la transition démocratique, mais aussi pour ses manières simples.

"Le spectacle d'un monarque chassant les éléphants en Afrique alors que la crise économique dans notre pays provoque tant de problèmes pour les Espagnols" transmet "une image d'indifférence et de frivolité que le chef d'Etat ne devrait jamais donner", écrit le quotidien de centre droit El Mundo.

En décembre, Juan Carlos avait pourtant appelé les responsables publics à faire preuve de "rigueur, de sérieux et d'exemplarité".

Des propos alors interprétés comme une allusion au scandale frappant son gendre, Inaki Urdangarin, mis en cause dans une affaire de corruption qui lui a valu d'être entendu par un juge en février.

Soucieuse de protéger l'image de la monarchie, la Maison royale l'a écarté des cérémonies officielles en décembre.

Dans un exercice de transparence inédit, elle avait alors publié pour la première fois les comptes de la famille royale.

Mais pour le quotidien El Pais, trop d'opacité règne encore autour des voyages privés du chef de l'Etat à l'étranger, qui ne sont bien souvent pas "communiqués officiellement ni au gouvernement, ni au Parlement, ni à l'opinion publique".

Le journal conservateur et monarchiste ABC titrait lui dimanche sur "l'année la plus amère" du roi depuis son accession au trône en 1975, rappelant la succession de déboires récents.

Cette semaine, le petit-fils âiné du roi, Felipe Juan Froilan Marichalar Bourbon, 13 ans, s'est blessé accidentellement au pied droit alors qu'il s'entraînait au tir, une pratique interdite pour les moins de 14 ans en Espagne.

Avec l'intervention de samedi, c'est la quatrième fois que le roi est opéré en deux ans. Il a été opéré d'une tumeur bénigne au poumon en mai 2010. En juin 2011, on lui a posé un genou droit artificiel et on lui a réparé un tendon d'Achille déchiré en septembre.

En novembre, Juan Carlos avait tenté, sans grand succès, de dissimuler derrière des lunettes noires une contusion à l'oeil.

Ces accidents à répétition soulignent les problèmes de santé d'un roi vieillissant et placent les Espagnols face à l'horizon de plus en plus proche du passage de pouvoir au prince héritier, Felipe.

Une perspective délicate pour l'avenir de la monarchie dans un pays où les sondages montrent que les Espagnols sont plus attachés à la personne de Juan Carlos qu'à l'institution, se déclarant "Juancarlistes" plutôt que "monarchistes".