Fleurs jetées à la mer qui avait englouti le Titanic, fusées de détresse sur le port canadien d'Halifax où reposent de nombreuses victimes: 100 ans après le naufrage, la légende de l'orgueilleux paquebot reprend vie.
Fleurs jetées à la mer qui avait englouti le Titanic, fusées de détresse sur le port canadien d'Halifax où reposent de nombreuses victimes: 100 ans après le naufrage, la légende de l'orgueilleux paquebot reprend vie. - Peter Muhly afp.com

© 2012 AFP

Fleurs jetées à la mer qui avait englouti le Titanic, fusées de détresse sur le port canadien d'Halifax où reposent de nombreuses victimes: 100 ans après le naufrage, la légende de l'orgueilleux paquebot reprend vie.

Le naufrage et ses quelque 1.500 morts avait été symbolique à plus d'un titre: arrogance de l'homme moderne punie par la nature, ségrégation entre les millionnaires en première classe et les immigrants et matelots logés près de la cale, sauvetage des femmes et sacrifice des hommes, voire, pour certains, annonce prémonitoire du déclin de l'empire britannique.

Aussi, sa commémoration a-t-elle pris l'allure d'un événement international, des côtes irlandaises et britanniques à celles de l'Amérique du Nord, pour atteindre son point culminant dans la nuit de samedi à dimanche sur les lieux mêmes de la catastrophe dans l'Atlantique nord, à environ 800 km au sud-est d'Halifax.

Un siècle, heure pour heure, après la rencontre fatale avec un iceberg, plus de 1.700 passagers de deux bateaux de croisière, le Balmoral, venant de Southampton, comme le Titanic, et le Journey, parti de New York, allaient assister à la reconstitution de certains moments de la nuit fatale, comme l'annonce de la collision par le capitaine et l'appel de détresse.

Il n'y avait pas d'icebergs dans cette zone et la mer était calme, avec pratiquement pas de vagues, selon des images transmises par les télévisions canadiennes.

Hormis ces passionnés privilégiés, dont certains sont experts de l'histoire du naufrage et d'autres descendants de passagers du Titanic, des milliers de personnes se sont senties personnellement concernées par la commémoration.

Warren Ervine, ingénieur géologue septuagénaire originaire de Belfast, fondateur de la société GeoTech d'Halifax, était parmi les centaines de marcheurs qui ont parcouru samedi soir en procession les rues d'Halifax, un flambeau électrique ou un cierge à la main, derrière une charrette transportant un ancien cercueil vide.

Son oncle Albert, le plus jeune membre d'équipage du Titanic - il avait 18 ans et neuf mois -, avait péri dans le naufrage de 1912.

"Mon père était toujours très triste" quand on évoquait le Titanic, se rappelle-t-il, et il gardait le silence. "Comme les gens qui reviennent de la guerre et ne veulent pas en parler".

"Jusqu'il y a dix ans, je ne savais même pas que mon oncle était membre d'équipage, j'ai cherché son nom sur la liste de passagers", confie-t-il.

Les habitants du port canadien d'Halifax se sentent tout aussi impliqués que ceux de Belfast, où le Titanic avait été construit, ou de Southampton, d'où il a pris la mer pour son voyage inaugural avec plus de 700 habitants de la région comme membres d'équipage.

C'est d'Halifax que sont partis les vaisseaux chargés de retrouver les corps des victimes et c'est là que sont enterrées 150 d'entre elles.

Samedi soir, à l'issue de la marche aux flambeaux, environ deux mille personnes étaient rassemblées, recueillies, devant l'hôtel de ville où une scène en forme de proue du Titanic avait été érigée.

Une "Veillée du Titanic", animée par une vingtaine d'artistes, acteurs et musiciens, a suivi pour évoquer différents aspects du drame, et notamment le courage de l'orchestre du paquebot qui avait continué à jouer malgré le danger, réduisant la panique à bord.

A 00H27 locales, Halifax devait observer un moment de silence, symbolisant l'arrivée du dernier message du Titanic transmis par la télégraphie sans fil. Puis des fusées éclairantes doivent monter vers le ciel, reproduisant l'appel de détresse du navire.