Le président du Mali par intérim, Dioncounda Traore, salue ses partisans lors d'une conférence de presse à Bamako, le 11 avril 2012.
Le président du Mali par intérim, Dioncounda Traore, salue ses partisans lors d'une conférence de presse à Bamako, le 11 avril 2012. - REUTERS/Malin Palm

Bérénice Dubuc avec Reuters

Le président de l'Assemblée nationale du Mali, Dioncounda Traoré, a prêté serment ce jeudi pour un intérim à la présidence du pays. Lui échoit donc la tâche quasi impossible d'organiser une élection présidentielle dans un pays coupé en deux depuis la proclamation de l'indépendance du Nord par les touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), vendredi dernier, et dont les trois quarts du territoire sont contrôlés par des milices islamistes.

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Dioncounda Traoré, 70 ans, mathématicien de formation, passé par l'Union soviétique, l'Algérie et la France, était au début des années 1990 militant syndical, et fut l'un des animateurs de la génération du «printemps africain» de l’époque. Au Mali, ce mouvement a entraîné la chute de la dictature de Moussa Traoré en 1991.

Figure de la vie politique malienne

Dans les années qui suivent, Dioncounda Traoré devient une figure de la vie politique malienne et participe à la formation de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), qui regroupe d'anciens opposants à la dictature. Il occupe à plusieurs reprises des fonctions ministérielles, notamment à la Défense et aux Affaires étrangères, sous la présidence d'Alpha Oumar Konaré.

Si de nombreux Maliens voient en Dioncounda Traoré une incarnation des élites qui ont été incapables de maintenir l'ordre dans le Nord, ses partisans affirment, eux, qu'il est l'homme de la situation. «C'est un homme d'un grand courage, d'un grand calme, tout ce dont le pays a besoin maintenant», assure Tiebilé Dramé, qui l'a côtoyé dans une cellule de prison dans les années 1980, lorsque tous deux avaient été incarcérés sous la dictature de Moussa Traoré.

40 jours pour organiser une élection présidentielle

Au début de l'année, voyant que les rebelles touaregs profitaient du retour en nombre d'anciens mercenaires ayant servi en Libye le régime de Mouammar Kadhafi, Dioncounda Traoré avait mis en garde contre les risques de coup d'Etat. «Tout est possible, même un coup d'Etat militaire», avait-il prévenu le 16 février lors d'une conférence de presse. «Si l’élection (présidentielle, programmée pour le 29 avril), n'a pas lieu à la date prévue, tout pourra se passer, tout», insiste celui qui figure alors parmi les favoris du scrutin.

Le putsch a eu lieu avant l'élection, et Traoré se retrouve aujourd'hui à la tête d'une administration de transition. Aux termes de l'accord négocié avec les putschistes du capitaine Amadou Sanogo, Dioncounda Traoré doit organiser une élection présidentielle dans un délai de 40 jours. La mission semble impossible, certains doutant même de la capacité de Traoré de faire face à la crise dans le nord.

«Lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, il n'a jamais eu le courage de dire au peuple la vérité sur ce qui se passait dans le Nord», dit Mariam Sacko, vendeuse de rue à Bamako. Pour Aziz Ould Mohamed, qui habite aussi Bamako, sa proximité avec le gouvernement déchu d'Amadou Toumani Touré est aussi un handicap. «Dioncounda, dit-il, est président par accident