De nos envoyés spéciaux à Dakar
Ici, on ne demande pas combien de personnes vivent dans une maison, cela porte malheur. A Mousdalifa, dans la banlieue de Dakar, la vie est fragile: les crues, fréquentes jusqu'à la création de bassins de rétention, ont provoqué accidents et maladies. Alors, on s'enquiert, vaguement, du nombre de «bâtons» vivant dans une maison.
Chez les Nydiang, on est nombreux, au moins une dizaine de «bâtons». Alors, depuis les dernières crues, en 2009, il a fallu agir. A leurs frais, les femmes de la famille ont fait couler une dalle en béton de chaux. Seule façon d'assainir le sol de cette maison autrefois fréquemment inondée. A quelques mètres de la demeure, partiellement couverte, des poches d'eau stagnantes témoignent des débordements passés. Ces petits bassins d'eau mousseuse sont de véritables nids à moustiques et autres insectes vecteurs de maladies, dont on mesure les effets sur les enfants. Nombreux sont ceux qui ont des boutons sur le visage.
«S'éloigner de ses voisins, de sa famille, c'est inconcevable»
Un peu plus loin, après la petite échoppe où l'on peut louer des chaises à l'heure ou à la journée, on rencontre Kalidou Niang. Emigré en Espagne, en vacances au Sénégal, il évoque la situation de son père, dont la maison a été détruite par les crues de 2004 et à qui le gouvernement a promis une nouvelle maison… à une bonne trentaine de kilomètres. Trente kilomètres dans ces existences fragiles, c'est presque un monde. «S'éloigner de ses voisins, de sa famille, c'est inconcevable pour lui, explique son fils de 43 ans, qui l'héberge depuis lors. Et puis les maisons du gouvernement sont toutes petites.»
Petites et isolées. Elles se trouvent dans le quartier de Diahaye. C'est là que vit la famille Gome, un père, retraité de 82 ans, quatre femmes et «quarante gosses», comme l'explique une des épouses. La famille espérait obtenir deux maisons, elle se retrouve forcée de partager un logement de trois chambres situé dans un no man's land, bien trop éloigné de Dakar.
Car la banlieue, c'est le vivier des petits boulots de la capitale: marchands ambulants, dockers, chauffeurs de bus. Ici, on se lève à 4h ou 5h du matin pour rejoindre Dakar avec trois ou quatre bus. Les salaires se comptent en sacs de riz, dont les prix ne cessent de flamber. «Quand je suis arrivé fin octobre, explique Kalidou Niang, le sac coûtait 15.500 CFA [23 euros environ], aujourd'hui il en coûte 20.000. Et un sac ne dure que quinze jours, en moyenne…»
Alors, ici, on ne compte voter dimanche que pour déloger «le Vieux», Abdoulaye Wade, qui a échoué à endiguer la vie chère. «Les gens sont fatigués, ils veulent une vie meilleure», observe Kalidou Niang.