Grèce: Deux jours après les violences, Athènes panse ses plaies

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Publié le 14 février 2012.

CRISE - Une manifestation monstre a dégénéré dans la nuit de dimanche à lundi...

De notre envoyée spéciale à Athènes

Des volutes de fumée s’échappent encore de ce qu’il reste de l’Attikon. Le cinéma historique de la capitale grecque a brûlé dans la nuit de dimanche à lundi. En plein centre-ville, à deux pas du Parlement et de la place Syntagma, là où a eu lieu une manifestation monstre.

Plus d’un jour après, l’incendie n’est pas entièrement maîtrisé et les passants s’arrêtent, médusés. Des vieilles dames emmitouflées haussent les épaules dans un soupir, accablées par ce spectacle. Un groupe d’hommes débat pendant de longues minutes. Qui a bien pu brûler ce cinéma? La police disent les uns. Les anarchistes disent les autres.

Quelqu’un a déposé une rose. Carri Vasso, yeux bleus et anglais parfait, travaille l’été sur une petite île touristique. Elle est de toutes les manifestations et ne comprend pas ce qui a pu se passer lors de celle-ci: «C’était familial, il y avait des enfants, et même des nonnes!» D’autres parlent au contraire d’anarchie, en fin de cortège. Des devantures de magasins, des distributeurs de billets et même le marbre de certaines colonnes ont été brisés. Et sont vite remplacés.

«Bien sûr, ça peut toujours être pire!»

Rue Voukourestiou, Christina Vassou ajuste des sacs à main pendant que des artisans installent une nouvelle vitrine dans le magasin qui l’emploie. Elle gagne 1.100 euros par mois, «un bon salaire qui va baisser progressivement. Ça ne me plaît pas mais qu’est-ce que je peux y faire? Les élections législatives à venir, ça ne changera rien. La seule alternative possible, c’est la banqueroute pour repartir de zéro sur des bases saines.»

La Grèce est au bord du gouffre financier, mais la vie continue et Smaragda Tzortzaki vient de récupérer le document officiel qui lui permettra de reprendre officiellement la pharmacie de son père. Pas de quoi pour autant rassurer cette future maman de 30 ans: «L’Etat ne paie pas ce qu’il doit (la sécurité sociale) aux pharmacies alors nous ne sommes payés que de la petite part à la charge du patient.» Son mari, qui travaillait dans un hôpital, est au chômage depuis octobre dernier. Une femme pressée enjambe un abribus carbonisé avenue de l’Académie. Elle est défaitiste. «Si ça peut être pire? Bien sûr, ça peut toujours être pire! Nous ne sommes qu’au milieu du déclin. J’espère que je me trompe et que mon fils de 13 ans, dans dix ans, trouvera du travail.»

Aucune manifestation importante n’est pour l’instant prévue mais les cortèges sont quotidiens. Mardi après-midi, des retraités puis des travailleurs sociaux ont hurlé des slogans devant le ministère du Travail.

Lucie Romano
Emploi

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