Grèce: «A la crise économique pourrait s'ajouter une crise politique»

DECRYPTAGE Malgré le nouveau plan d'austérité voté dimanche soir en Grèce, la situation du pays pourrait encore empirer...

Mathieu Gruel

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Les parlementaires grecques, lors de l'adoption d'un nouveau plan d'austérité, le 12 février à Athènes.

Les parlementaires grecques, lors de l'adoption d'un nouveau plan d'austérité, le 12 février à Athènes. — Dimitri Messinis/AP/SIPA

« Comment vivre avec 350 € par mois ? » Depuis l’adoption d’une nouvelle cure d’austérité, dimanche par le parlement grec, la pilule a du mal à passer auprès des Grecques. « Avec des salaires divisés de moitié, ça va être encore plus dur de faire fonctionner l’économie. Ce plan, ce n’est pas possible qu’il fonctionne. Pourquoi est-ce qu’on le fait ? », s’interroge ainsi Lefteris Savvidis, journaliste grecque.

« J’ai de la chance d’être encore vivant »

Dimanche soir, il était donc au milieu des 80.000 manifestants. Descendus aux abords du parlement sur la place Syntagma, ces Athéniens entendaient signifier leur mécontentement, face au vote de ce nouveau plan d’austérité. « J’ai de la chance d’être encore vivant », reconnaissait d’ailleurs le journaliste, en parlant des violences qui ont eu lieu dans la soirée.

Pourtant, « tout était calme, jusqu’à ce que la police provoque la foule », explique-t-il. « Les policiers ont lancé du gaz lacrymogène dans plusieurs directions. Les gens tombaient de partout. C’était irrespirable », détaille-t-il.

Faire empirer les choses

Une extrême tension de la rue, qui semble proportionnelle à la rigueur proposée par le parlement. Car « il ne faut pas résonner qu’en termes économiques. Il y a des gens qui vivent là-bas. Et qui subissent des choses très dures », détaille François Leclerc.

Le blogueur, auteur de L'actualité de la crise sur le blog de Paul Jorion, n’est d’ailleurs pas convaincu par cette nouvelle batterie de mesures. « Je pense que cette austérité ne va faire qu’empirer les choses », confie-t-il.

La Grèce, une sorte de laboratoire

« Il y a certainement des réformes à faire, mais la ponction financière pourrait être faite à d’autres endroits que sur le peuple. Comme sur l’armée ou l’église », poursuit le blogueur François Leclerc, spécialiste de la crise grecque.

D’après-lui, « la Grèce est une sorte de laboratoire. On y teste ce qui pourrait ensuite être appliqué à l’Espagne, le Portugal, l’Italie… » Les solutions proposées lui laissent d’ailleurs à penser que l'« objectif n’est pas de sauver la Grèce, mais de gagner du temps, pour éviter à la récession de gagner les autres pays ».

Vers une crise politique

La seule nouveauté que ce plan pourrait alors apporter selon lui, « c’est une crise politique en plus de celle économique. Et là, ce serait alors la totale ! »

Lors de l’approbation de ce texte (cent quatre-vingt-dix-neuf députés sur 300), 43 élus socialistes et conservateurs n’avaient en effet pas respecté le mot d’ordre de leurs partis. Et en ont été exclus sur le champ.

Réaction de la rue

Cela va donc entraîner la tenue d’élections législatives anticipées, en avril prochain. « Les sondages montrent déjà une hausse de l’extrême droite et l’apparition de nouveaux partis de gauche. Le jeu politique s’en trouvera alors modifié et compliqué », détaille le blogueur.

De son côté, Lefteris Savvidis trouve que cette échéance électorale « pourrait s’avérer intéressante ». Il importera surtout de voir, à ce moment-là, « comment la rue réagira ».